humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
jeune femme hammam drawin
A la fin de la guerre, notre baignoire était rouillée grippée dépassée. Elle ne servait qu’à grenouille garder et souris noyer : Grand jeu de Tipopo , en cachette bien évidemment de la reine mère. On se lavait ou pas dans des bassines d’eau chaude, comme à l’époque du roy soleil !
Restaient les bains minucipaux et le bain turc (appelé maure aussi). Las las disparu ? sauf dans les tableaux de Monsieur Ingres, vous savez le peintre musicien.
Un jour d’exception, pour une cérémonie de palais, il nous fallait être particulièrement propres, n’est-ce pas ? Les bains communaux de la ville étaient fermés pasque. J’allais donc avec maman, au bain maure dit turc, nommé aussi hammam, réservé aux femmes bien entendu. Ce fut laborieux et longuement négocié : j’avais déjà presque dix ans, tu sais. La cerbère, gardienne énorme au teint d’ébène, refusait obstinément l’entrée. Elle ouvrit de justesse, ma curiosité avait fini par s’endormir.
Une atmosphère épaisse de vapeur bleue, piquante… les italiens disent spumante, me réveilla. N’ayant que dix ans, dans ce brouillard étrange, les yeux embués, c’était ma première ! Il me fallait marcher à l’aveugle… Peu à peu, cependant des formes et des entités semblaient apparaître. Pas très rassurantes. Qui me frôlaient.
Je revois encore les chairs immenses et grasses, étalées, dans la brume épaisse, au bord du bassin, comme méduses vivantes échouées, les «tignasses» énormes difformes... enchevêtrées, de ci de là posées, entr’ouvertes mal peignées, perruques offertes qui sait. Et j’en suis sorti tout propre.
Ah, si j’avais été peintre, quelle vision dantesque d’humanité ! Et puis la curiosité des femmes... visuelle pour le moins. Je n’ai compris tout à fait que bien plus tard.
Le Louvre ne montre rien de tout cela, n’est-ce pas ? La preuve, les enfants y baillent d’ennui.
GUY
banios mouros andalucia
et encore un de mes peintres préféré