humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
On est donc arrivé un Zuma (vendredi) jour de grand marché, lequel s’étalait sur les trottoirs de l’avenue de l’indépendance, au pied de l’hôtel choisi. On sortit dans la rue, et déjà le spectacle semblait étrange et déroutant. De délicieuses familles en chapeau de paille, minimes en taille, groupées autour d’une maman souriante toute propre, et d’une jeune fille, jolie comme un cœur, certes d’aspect rustique, et qui proposaient avec grâce leur artisanat. Tout cela, à voix basse, avec des gestes lents, menus, presque sans monnaie ! Dans une langue si musicale. Déconcertant, n’est-ce pas ?
Quelle différence avec le marché natal, méditerranéen, où chacun débordait, proposant à grands cris sa marchandise, où l’on devait s’occuper de ses arrières tout autant que de ses avants. Dans un brouhaha guerrier préparateur à toute vente de produit. Et toujours «le bien servi, n’est-ce pas», ou bien le petit plus «pour vous mon ami…», ou encore le signe de «connivence» familier inévitable dont raffole les arabes.
A Tana, l’échange restait discret, sinon timide, presque secret, sans rien de vénal, délicat, féminin. A voix basse… Lors, toute la famille remerciait le Vazaha blanc (étranger invité) le preneur, faisant régner une atmosphère d’infinie gratitude. Les mots semblaient inversés : le oui positif se disant han han, un hochement de tête négatif pour le Vazaha. Combien de fois ai-je mal compris ou bien plus tard, et ai-je joué à désarçonner le vendeur sinon l’acheteur : le grand jeu de la grimace.
J’ai aimé ce pays, le comble étant l’élève grondée voire punie, qui riait au lieu de froncer le visage de tristesse. Chez moi il elle aurait pleuré, joué à l’effondré, au condamné, puis négocié la note, nié l’évidence par principe. Là, le jeune riait, terrible gagneur final et triomphant. Les Blancs imbus de leur culture, parlaient eux de relation hypocrite… Moi, peu à peu, me suis fait à cet échange en douceur que je sentais profondément noble.
Il m’arrivait à la fin de trouver cette Civilisation où Dieu, la musique chorale, l’ombre de l’église, la naturelle honnêteté, l’amour familial, s’exprimaient sans cesse, infiniment supérieure en courtoisie et humanité à la nôtre si bruyamment brutale. Et sûre d’elle.
Malgaches, je vous ai aimés.
Guy
Il m’arrivait à la fin de trouver cette Civilisation où Dieu, la musique chorale, l’ombre de l’église, la naturelle honnêteté, l’amour familial, s’exprimaient sans cesse, infiniment supérieure en courtoisie et humanité à la nôtre si bruyamment brutale. Et sûre d’elle.