humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Je te ferais mon fils un beau gâteau, avec ce que j’ai. Hélas on est encore en guerre tu sais ? Elle prit du pain gris mêlé de son, le mouilla de lait en poudre du marché noir pas trop cher avec les américains, et le fit sauter dans un fond de miel liquide, obtenu par ticket de ravitaillement. Depuis, je n’ai plus voulu grandir.
Vous vous souvenez du petit joueur de tambour pendant la guerre en Allemagne, resté enfant dans un cirque ? Quel beau film ! Combien de fois d’ailleurs ai-je entendu : «Tout est dans l’esprit» ! Alors je me suis appliqué à ne point perdre mon tambour.
C’est pas sérieux, me disait-t'on... L’âme n’est ni musique ni trompette. Cependant nous jouions à chœur joie sur l’escalier du haut le ballet classique de «la fin des classes» avec une lessiveuse boum boum et des couvercles de marmite zscym zscym. Oh, je sais, j’allais un jour devenir grand, mais le plus tard possible.
Les filles dansaient en espadrille le swing et le bouguy bouguy, et on leur offrait en récompense des chouing’goum au goût pharmaceutique du Kansas. Un jour ma manman me dit : voici six sous, ne les perds pas, va acheter du pain. La boutique de Mme Martinez, était pleine de réfugiés espagnols de Franco, qui riaient, et moi j’étais content.
Las, un jour à l’école alors que je rêvais sur un banc, l’oiseau me parla. J’arrivais en retard en classe. La prof me dit que t’arrive-t-il mon petit Guy ? Je devins rouge et murmurai, un*noiseau s’est posé sur la planche, il chantait, et moi je jouais doucement du tambour avec les doigts. Que me chantes-tu, l’oiseau est dans ta tête ! Et puis laisse-le partir !
Mais je veux le garder, je ne veux pas vieillir, sans mon tambour ni l’oiseau.
La prof m’observa d’un œil étonné. Elle n’avait jamais été aussi belle... Mon cœur battait. On était tous amoureux de la maîtresse, tu sais...
Depuis, elle me laissa tranquille, siffler à ma guise sous le préau, en classe, dans les rangs, partout. A la maison mon bulletin faisait des bonds... pasque l’oiseau bleu ça vole tu sais. Et ma mère heureuse continua de me récompenser avec plein de bonnes choses. Elle me dit : l’an prochain, si tu grandis, tu auras une panoplie d’explorateur et un grand tam tam bantou !
La suhite demain. GUY