humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
LA REINE DES ATLANTES OU JEANNE LA FIANCEE DE TARZAN
ACTRICE POLYVALENTE JOUANT PLUSIEURS ROLES A LA FOIS
Celle-ci m’offrit un vieil Atlas 1900 raturé corné dans les coins, étrangement parfumé, trouvé à la boutique ali-babesque de l’occasion. Un régal ce sera ! Je boudais au début... Elle me lança alors cette phrase définitive : Comme ton père, «tu cherches toujours midi à quatorze heures, contente toi de ce que tu as». Le pendant de l’expression était «ce n’est tout de même pas la mer à boire», prononcée sur un ton moqueur, le doigt levé vers l’insatiable océan. Elle disait encore «mange ta main et garde l’autre pour demain», c’est idiot mais ça me faisait rire.Vite, je feuilletais *l’ouvrage.
En Afrique, se voyaient...ô merveille, de beaux espaces blancs soulignés en pointillés roses un peu jaunis de délicieux «Terra Incognita». L’Atlantide, le Congo, le Limpopo, mon cœur battait. Jules Verne en compagnie du rayon vert se tenant par le doigt.
Un jour, quand la guerre sera finie, je découvrirais le monde, je le dois, je le veux, je le sais. Las, les guerres se succèdent in aeternam. Je l’ignorais encore. Il fallait donc apprendre à viser dans les coins comme mon ami le Dr Cosinus, pour tomber juste. La vie me donnera vite quelques leçons de choses.
Mon atlas était en plus animalier. C’est ainsi que je sus l’existence des crocodiles nains du Hoggar, retrouvai la légende de la reine des Atlantes perdue dans le Tassili, protégée par les hommes bleus du désert. Lors, la télé n’existait pas. Et, tous les enfants, fous du rêve des géants, allaient au cinéma Rio permanent pas cher pour les pauvres, où l’on jouait des films anciens, jaunis, muets, en noir et gris...*Les voleurs d’Eldorado *Michel Strogoff chez les tatars *les premiers Tarzans et le lion obéissant. J’en oublie.
La salle se levait, comme au guignol, pour encourager le défenseur de la veuve et de l’orphelin, en poussant des cris d’indiens. A l’époque tout finissait bien, Tarzan sauvait enfin Jeanne, l’épousait, l’embrassait sur la bouche, il en avait le droit, la salle croulait en bravos, cocoricos et cris tyroliens. Las je ne pouvais, certes, partir en Afrique profonde sans l’autorisation de ma maman, mais on avait le cinéma.
Bien plus tard sur la côte Est de Madagascar, j’entrai enfin dans une forêt primaire véritable (sans doute vierge, il le fallait), pleine de sangsues, de mille pattes géants, d’araignées brunes velues. Et de... roussettes-gargouilles horriblement démoniaques, sur des lianes feuillues suspendues par les griffes à l’envers, acrobates inquiétantes et pourtant bien gentilles ! Ouf. On les mange là-bas, grillées. Mise dans le *congel elles font peur aux petits enfants... Et puis de singes makis grimaçants à la queue en tire bouchon. L’aventure, quoi ! Il y avait cependant un sentier sauvage (à sangliers m’a dit le guide)...très discret.
Contentons-nous de cela, et ne cherchons jamais midi à quatorze heures, n’est-ce pas ?
GUY
paradisio
l'apprenti pianiste muet noir et blanc extra