humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Ma mère toujours dans les vitrines de robes et de rubans, ma sœur amoureuse d’une Dalida danseuse rose devant la glace rose de la coiffeuse, mon papa au turbin dans la grande usine de matériaux, mon oncle Albert grand inconnu, mon oncle Marcel boxeur diplômé sic, mon tonton d’Alger le bel Alexandre devenu homme affairé mais gardant l’esprit de famille, le gros Prosper calculateur de bilan, une Ville si poussiéreuse que elle cachait la lumière ou l’inverse ; restait la Plage !
On y allait rarement, pasque les autocars étaient un peu chers pour la bourse familiale, diminuée par la guerre. Mais entre les préparatifs, la montée dans le véhicule heureux, le voyage d’espérance folle le long de la corniche claire, l’installation, le déshabillage, la trempette d’abord d’un pied puis d’un deuxième prudent, pasque quand il faisait trente degrés à l’air, l’eau paraissait toujours froide, et le bain de sable au soleil, et la volupté du bronzage, et le spectacle du maillot des filles, le bikini encore rare mais ben seyant ma foi… Le temps passait à la vitesse du rêve.
Des fois on recevait une balle sur le crâne, mais il ne fallait surtout point faire quelque geste malencontreux, car une dame en colère vous aurait pour le moins enguirlandé, surtout ne pas effrayer l’enfant, bien que certains gamins vicieux en profitait pour recommencer ; lors invariablement quelque dame ou mamie protectrice resurgissait d’un lieu caché inconnu secret toujours furieuse.
Et il y avait les jolies baigneuses, car les demoiselles sont toujours jolies au soleil de la plage… N’est-ce pas ?
Notre vie de colons pauvres se déroulait ainsi dans le calme et la volupté.
Des fois une rencontre fortuite avec une personne de sexe opposé, dans la vague, ô lala loin du regard des duègnes mamies gardiennes sourcilleuses intransigeantes des bonnes manières, un timide voulez-vous apprendre la nage papillon ? Laissez-vous donc aller ! Ah, ce contact d’une peau mouillée pour un adolescent éveillé, qui closait à demi ses yeux pour ne pas effaroucher grand-mère, et la caresse qui frôlait, humm on en mangerait le soir dans la chaumière. Pasque il fallait revenir, las, dans l’autocar parfumé de corps féminins iodés, tout chauds encore, tout en éteignant ou bien cachant sa Libido tragique. Quoique.
Un mot que j’ignorais alors mais que je connaissais cependant depuis toujours. Et puis le rêve de sel sucré résiduel pétillant sur la peau musquée, nu sous le drap, car c’est comme ça que l’on dormait, en ces temps de mer bleue, quant aux garçons pour le moins ; les filles elles, parfois aussi, pour les plus libérées…
Pardon, c’est donc ainsi que l’on vivait, la moitié du temps de l’année.
Guy