humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
La plage le jour, où l’on se promenait pieds nus en tenue légère sur le sable clair, et le grand boulevard le soir, en tenue élégante à peine plus habillée. Nos longs étés débutaient en Mars au printemps favorable et se terminaient vers le quinze août aux premiers nuages. Robes seyantes, décolletées, sandales à lanières, jeunes gens bronzés, petites manières...
L’automne précoce. Lors, les jeunes filles faisaient assault de coquetterie.
La jeunesse masculine, elle, frimait à qui mieux mieux. Voiture décapotable pour les fils à papa, traîneurs sans auto affichant leur ennui mortel pour les fils à maman désargentée, et les autres *vagabonds allant de bar à kemia en brasserie musicale… On y jouait à la ronda espagnole-ollé, à la belotte parlante-olla, ou bien à la belotte bridgée pour les quelques uns ayant de l’instruction.
Mais parfois cela pouvant s’inverser.
Les jeunes vivaient en bande, prenant repaire auprès d’une terrasse accueillante. On y fomentait moult complots croustillants ou quelque peu sauvages, à propos de la boum du dimanche. On y sifflait gentiment les filles qui passaient lesquelles se balançaient à deux sur le trottoir, jouant l’indifférence. Pour notre part, nous étions inconditionnels gentlemen du café «le Monaco». Lequel s’ouvrait sur une boîte de nuit discrète et peu connue. Pour nous distraire de la monotonie d’une ville un peu provinciale, on imaginait des coups fumeux. En voici un qui tarabuste encore ma conscience. Pardon !
J’étais avec le beau William, assis sagement, quand je vis passer une demoiselle comme il faut, adorablement seulette semblait-il, yeux baissés pour éviter le regard incisif des garçons. Nous nous levâmes ensemble sans arrière pensée «aucune» sans même se concerter, la saluâmes bien bas, la suivîmes un moment en caballeros distingués, lui disant que l’un de nous deux avait reçu «le coup de Foudre fatal»… Elle nous crut, semble-t-il, par grâce d’insistance polie, lançant un regard en coin sur le plus beau des deux… et finit par nous donner son adresse. Sur ce, un tiers qui faisait son service militaire à Alger, nous prêta son nom.
Ma ville ayant réinventé le forum romain, savez-vous ?
S’ensuivit une longue correspondance quadrangulaire, entre la jeune fille qui était vendeuse chez Bata, le copain militaire qui faisait suivre, le visage du beau william, et la plume à bibi.
Au bout de quelques mois, elle semblait devenir amoureuse, de… ? Et commençait à introduire sa Maman, de çî de là, laquelle espérait connaître ce gentil garçon. A petits pas fortuits, puis de moins en moins discrètement comme ça pour rien, disait-elle ! Elle insistait, je remettais à une «perm» éventuelle... Toute la bande lisait les lettres, admirative, certains ricanaient, d’autres même un peu jaloux.
Il nous fallut rompre sous un prétexte fallacieux, mais sans trop peiner la belle, qui s’accrochait comme elle pouvait, la pauvre, parlant même avec doulce insistance de mariage d’amour, son rêve. Et bien, vous m’en croirez, j’ai eu de la peine d’avoir joué ainsi avec le cœur féminin.
Je jurais de ne plus recommencer…
Guy