humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
MÉLISANDE : Comme on est seul ici... On n’entend rien.
PELLÉAS : Il y a toujours un silence extraordinaire... On entendrait dormir l’eau… Voulez-vous vous asseoir au bord du bassin de marbre ? Il y a un tilleul que le soleil ne pénètre jamais...
MÉLISANDE : Je vais me coucher sur le marbre. – Je voudrais voir le fond de l’eau
MAETERLINCK
Je suis né où ne devais et quand il ne fallait. En une ville de mystères que je n’ai pu explorer, du moins en son entier. Et ce avant de me sauver. Oui. C’était en des temps anciens. Pardon. Avec pour tout bagage deux valises à moitié vides.
Parfois le soir, je contemple la nuit qui tombe en une longue solitude, et je réfléchis plongé dans le canapé de cuir. Ne pouvant apaiser l’enfant blessé en moi sans voir bouillonner le souvenir. Derrière la vitre, deux vieux figuiers à l’écorce ridée, chargés de fruits qui pleurent et tombent en larmes sur l’herbe sucrée. Et moi riche nouveau, me sens rassasié de tant d’abondance. Des fruits à déguster à la cuillère, même ceux de l’abricotier que j’adore... Quelque part un petit paradis. Lassitude, inquiétude, dans l’éphémère, je ne sais ?
Cette année, le grand film montre le Royaume. Quant à l’Exil, face humble persistante des choses, toujours proche, en ombre claire, son image mal celée devrait me permettre de mieux apprécier mon hier perdu... presque retrouvé, vois-tu, presque pasque encore encore et toujours en gestation.
J’ai laissé mon espace, sans avoir pu l’aménager. C’est l’errance et l’exil qui m’ont permis de donner vie à mes rêves. Mais devant sans cesse fuir ou avancer, n’ai pu terminer le jardin étranger ni modeler vraiment la moindre parcelle du monde.
Des fois, dans mon fauteuil étonné, je me demande quel a été mon rôle sur terre ? Quelle prétention, n’est-ce pas ? Comme si Dieu plaçait l’humain en sentinelle ou mieux en éclaireur, le sacrifiant à un destin connu de lui seul. C’est un drame de ne savoir pourquoi, comme murmure le doux Verlaine, l’homme ne peut jamais entrevoir le coeur de chaque objet.
Le Talmud dirait : une famille, une maison, un arbre, un livre... "Oeuvre" de toute ton âme à la place qui t'est donnée. Le poète qui conte l’Eden perdu, sans se lasser, ajoute alors : et puis un jardin plein d’oiseaux !
GUY