Et puis j’ai rêvé d’un monde différent, cette fois non plus jaune ou vert, mais de rose en bleu. Ö comme il est facile de changer les couleurs du temps, me suis-je dit ? Un jeu d’enfant. Et me voici, tout naturellement, devant une toile un pinceau une palette nouvelle. L’herbe de velours blond, les moutons d’améthyste ou turquoise. Un arbre dans le fond présente ses fruits étranges. Juste à la hauteur des enfants timides ou pauvres. Ou pas bien grands. Les seuls qui refusent étant les bien-élevés.
Et puis je me suis souvenu d’une haie tropicale. Où l’hibiscus voisinait avec le papayer. Le citronnier avec l’oranger sauvage... Qui offrait fruits et fleurs au passant étonné. Nulle épine cependant. Couleur parfum, bonheur, gourmandise... Je revois encore le regard étonné des gamins hésitants qui voyaient une friandise dépasser, librement, à portée de mains ou même de langue ? Sans chien féroce, hirsute, grimaçant.
Ou bien adulte moralisateur.
Parfois me promenant sur la pelouse je rencontrais les visages heureux devant cette gracieuse liberté, celle du don gratuit vous savez. Lors, j’entamais une conversation avec le cueilleur séduit, et nous parlions de la profusion de la nature calédonienne où il suffisait de planter une tige pour avoir un plant. J’invitais alors l’interlocuteur à entrer.
Sur le bord de la véranda, dans l’ombre, des «kapoks» de conserve troués fendus avec de petites plantes qui poussaient, laissant frémir quelque racine par la déchirure : litchis mangues papayes pamplemousse, orchidées, et je leur en donnais... Comme le faisait mon ami Noré ! Tiens, prend ! Entre amis de la nature, on se tutoie facilement...tu sais.
Ici en métropole, tout appartient à quelqu’un, rien d’utile de libre de vrai ne sort d’une haie !
Guy