Fiévreux, soucieux de ne rien perdre, pour vaincre l’oubli faiblesse de l’âme, j’ai voulu peindre la Beauté. Pour la rendre éternelle sans doute. Rêve fou de l’homme fragile et nu en la perpétuité, qui sait que tout lui échappe en l’instant même...
Un ciel bleu, mais pas tout à fait, avec des touches de vieil argent gris, et dans le lointain du rose ou du mauve. Un azur normand n’est-ce pas ? En ce moment, sur la palette, en mélange flou incertain une brume lointaine. Qui dessine de fines volutes sur le fond du tableau.
Musique de violon perdue, qui ne veut s’éteindre. Un voile caché effleure l’horizon. En un ballet calme bien lent. Endormi ?
Sur les bords, des massifs irréguliers, délimités par un mélange de pierre rouillées et de piquets en bois plantés. Tout à côté mes deux antiques figuiers qui ont grandi quand moi je rapetissais, et qui vont bientôt me donner un peu d’ombre mais jamais trop. Leur limité est marqué par de vieux muscaris d’un bleu épais, devenu géants, poussant en ribambelle sacrée. Oui, des cierges, à méditer... En ce moment tulipe narcisse plante clochette ont déjà fière allure. Envie de les embrasser ! Quand aux jolies primevères si réticentes à la civilisation, une à une ramassées dans les fossés, mes chouchoutes, mes préférées, mille pardon pour ce mot rieur envers ces plantes si tendrement perruquées.
La musique tambourine, comme battements de cœur, sensuelle caresse du banjo.
Une lumière dense inonde la nature, éclaire les plates bandes parsemées de couleurs, les plus originales seraient mes cyclamens de Coum qui fleurissent au printemps, se dispersent en goutte de sang sur le blanc et le vert. Alors j’ai remercié Dieu de sa création, de ses mille plantules diverses au charme infini, qui vont se suivre encore et encore, toujours et à jamais. Pour une éternité de grâce qui s’exprime en une humble beauté.
La musique redevient violon. Une valse s’il vous plaît ?
Ö que la terre est belle au printemps ! Mon tableau ne dit pas tout, il vous faut deviner.
Guy