humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Notre balcon en fer forgé avait pour toiture un auvent de vieux bois. Et à l’angle, bâti de salive de paille et d’argile, se tenait un nid d’hirondelle. Je l’aimais et le protégeais contre les méchants. Certes nous n’avions point de chat, heureusement, logeant au sommet d’un gratte-ciel de cinq étages. Ni de chien, ni de cochon d’inde. Mais un lapin un jour disparu, une tortue envolée, un canari, dans une cage vide, libéré par ma sœur au grand cœur !

Donc, les hirondelles ne craignaient personne !
Je passais de longs moments en observation, sans bouger une main ou bien une aile. Vous allez dire, un enfant n’a pas d’ailes ? Mais sur un balcon, au soleil, au printemps, dans un début de pénombre, face à un nid d’hirondelles…l’enfant devient oiseau, l’oiseau se pose au bord du nid et contemple les petits.
C’est passionnant une famille à plumes, la maman vole avec délicatesse, nourrit le bec ouvert de ses petits avec des sauterelles ou des moucherons, et en échange pour dire merci l’oisillon pépie. Ö, on l’entend à peine, mais il chante son plaisir, un peu comme un écolier qui revient de l’école, trouve la maman, et dévore en chantant son goûter.
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Car un écolier, chante et danse, pour dire merci à sa maman.
Parfois, je pense au spectacle de la vie, les orphelins des champs, les oubliés du monde, qui n’ont pas de maman hirondelle… Alors devant le nid, je reste immobile en contemplation. Et puis des ailes sortent, et l’oiseau s’envole, en un ballet linéaire et surprenant, dans la lumière toute bleue. Et moi, je reste, à attendre le retour de la vie.
Dans notre paradis douillet de tiédeur, les passereaux sont fidèles et le nid n’est jamais vide, du moins je le pense… Car l’hiver, l’enfant ne met guère son nez au vent pour vérifier son rêve. Lors dans le ciel, les nuages prennent des formes de visages grimaçants. C’est drôle comme la nature étonne, inquiète même, puis rassure quand on la déchiffre, et apaise des fois quand enfin au printemps reviennent les hirondelles !
Et moi j’attends le printemps, la nuit tombe tu sais. J’ai froid, j’ai peur…

GUY