humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
J’avoue avoir dévoré en entier la Comtesse de Ségur, elle- même en personne, pardon. Bizarre pour un garçon turbulent par ailleurs. Puis, ce furent Les Robinsons. A la grande bibliothèque de notre bel Oran, il y avait à l’entrée, en musée, impudiquement exposés, des peintres amoureux de la femme berbère dénudée avec tous ses tatouages, un squelette suspendu d’une baleine gigantesque… Puis la porte de cèdre rouge sculpté s’ouvrait en la salle solennelle de lecture.
Jules Verne m’y avait initié et j’avais d’ailleurs entrepris d’explorer son œuvre.
Alors en complément de son chef d’œuvre, «l’Ile» n’est-ce pas… ceux furent les Robinsons. Je m’aperçus vite que les titres toujours alléchants foisonnaient… Cependant, après cette Ïle Mystérieuse, je me sentais le besoin de comprendre et de commencer enfin la conquête glorieuse tout aussi prenante du pain quotidien.
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Dans le livre, il s’agissait en son ensemble d’une simple entreprise de découverte, avant tout mécanique, physique ; l’épisode du grand singe portier d’ascenseur m’avait effleuré dans doute, mais l’oeuvre restait une fresque (à l’ingénierie exponentielle de l’homme en la matière). Ouf !
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J’avais soif d’invention biologique, pour nourrir les hommes pas moins, mon péché mignon chut. Et ma recherche jusque alors avait été la découverte d’un buisson ardent de câpriers sur les pentes de Santa Cruz, qui donnaient des fruits-miracle. Ainsi Monsieur Robinsons, je le mets au pluriel, çte bonhomme unique, réalisait mon rêve lui avec une dextérité admirable : il trouvait de vieilles graines de blé moisies dans une poche désespérée, plantait les graines abandonnées, cuisait alors du bon pain, croustillant j’en suis persuadé ! Incroyable, n’est-ce pas ? Un autre de ses acolytes faisait mieux encore, trouvait –devine- des arbres à pain. Sic ! Où les pains seraient suspendus comme fruits aux branches ?
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J’étais ravi du génie humain.
Alors je imaginais de vivre exprès quelque naufrage, pour me tester.
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A Oran ç’n’est pas la mer qui manque, mais ceux sont les bambous à tout faire. Un radeau, pas si facile ! Un jeune voisin était spécialiste des boîtes à savon avec roulements à bille, appelées chez nous «cacharoullos». Je le sollicitais, il me dit que son père, réfugié de la guerre d’Espagne, ne voulait pas nous aider, car il recherchait la tranquillité.
Alors on se réfugia dans le rêve, bien que sur le balcon, j’accumulais à tout hasard des outils disparates, des cordages, la boussole de mon père, une encyclopédie jaunie, la pochette de couture de ma grand-mère et mon revolver en bois qui ne servait plus. Et on se réunissait sur le même balcon, pour échafauder un naufrage lointain. Ma sœur restait au dehors, jouant toujours à la poupée. L’un commençait, l’autre suivait, j’ai d’ailleurs utilisé moult fois cette technique d’enchaînement pour construire plus tard des histoires avec les élèves …

Mais voyant que nous stagnions immobiles sur le sable, il me vint alors l’idée de devenir un premier Robinson des étoiles. Le groupe s’enthousiasma, les idées fusèrent, on décida de commencer par explorer Jupiter, pourquoi Jupiter, pasque on l’avait appris en cours de latin et que c’était un dieu à ressources.

Un jour un professeur de français me demanda d’écrire une histoire. Lors je lui contais mes découvertes : planète inconnue au ciel toujours rose, à la mer jaune d’oeuf, au sable vert émeraude, où poussaient des arbres à pain ! Et où les poissons volaient comme papillons.

Il a mis deux sur vingt à la copie en disant que même dans l’invraisemblable, on ne doit point perdre de vue le vraisemblable. Sic !
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Cercle vicieux, n’est-ce pas ?
Guy