humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
En fin d’adolescence, j’étais devenu très timide.
Hormis Madeleine, une cousine tourmentée, avec qui nos parents avaient décidé une mise en relation-téléphonée, ma fin d’adolescence était ingrate pour le moins. La grande recherche du cœur et de l’âme de la femme, par moi seul découverts, manquait ?
Avec mon vieux vélo rouillé, je me suis mis à explorer le premier endroit sauvage et désert à ma portée : les falaises de Gambetta, qui sur soixante kilomètres prolongeaient la ville à l’Est. Jusque au Cap Bon près d’Arzew. A chaque pulsion de solitude je roulais, un peu à l’aventure, vers les bords de la falaise, admirant la mer à l’horizon... qui moutonnait en léger moutons, et le ciel si bleu.
Parfois, dans les rochers et les buissons, une sente de chèvre. Je mettais mon vélo à l’abri et je descendais avec précaution.
Combien de grottes ai-je ainsi découvert ? D’ailleurs tout au bas des parois abruptes, une suite de cavernes où la mer entrait, avec des sources parfois, la « cueva dé’l’agua », une merveille. A mi chemin, sur la pente, des cavités disparates, certaines ayant manifestement servies de refuge ou de cachette. A la bibliothèque municipale j’avais lu un article sur les immigrants Andalous, appelés « caracoles-escargots » pasqu’ils portaient leur maison toute entière en un sac sur le dos.
De pauvres signes d’humanité. Une vieille natte d’alfa, un peu de linge abandonné... Et de la poussière ! Un jour dans une excavation que j’affectionnais pour le paysage offert, des racines pendaient... Comme un curieux imbécile je tirais, et une troupe d’araignées à fines pattes sur la tête m’est tombée.
Quelle émotion.
Une autre fois dans une anfractuosité plus spacieuse, des signes récents d’occupation ?
Un banc rustique, une vierge Marie, en stuc, peinte et assez fraîchement fleurie. Alors je regardais plus attentivement les murs, des ex votos accrochés, en espagnol, en français, une paire de béquilles mêmes, une inscription en anglais juste dessous, des remerciements je crois. J’ai senti alors une plénitude, la transmission d’un passé pas encore oublié. Dans mes nombreuses visites, je n’ai jamais rencontré personne... Ma dernière descente fut un an avant l’exode.
J’ai pleuré.
Guy