humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Mon service militaire se terminait. On était au début des années 6O. C’était l’époque de printemps avec les nombreuses soirées municipales qui réunissaient la jeunesse…
Me voici dans la grande salle illuminée. L’ombre propice n’était pas encore de coutume. Un orchestre jouait bien de ci de là quelque valse, toute perdue dans le flot des danses modernes ? Ö surprise, les jeunes s’invitaient d’un pouce lointain, incertain et fier, et la cavalière se levait ou pas…
Deux ans et demi s’étaient déroulés et mon cher monde rassurant chaleureux immuable si humain, celui de la supériorité masculine et des bons usages, s’était transformé. A mon époque antique en effet, on venait s’incliner galamment à la table de l’élue, qui en général acquiesçait, elle était là pour ça, surtout ne pas faire tapisserie ! De ci de là, dans des encoignures quelque duègne résiduelle observait les privautés… Soupesant le prétendant, les bals étaient là pour ça, aussi finalement.
de bernard Buffet, le prétendant et la duègne barbue
Et moi donc, par habitude, comme un imbécile, je me levais, traversait la salle, fusillé par les regards du monde, m’inclinait, « voulez-vous danser, ma demoiselle ? » Dans les boums, c’était à peine différent. Quoique.
C’était donc un tcha tcha tcha, j’adore le mot, étant de plus spécialiste des danses bizarres. Elle me répondit sèchement, je ne sais pas danser. Décontenancé, je m’apprêtais à fuir dignement. Alors une cousine à sa table eut pitié. Ah le rôle des cousines, on ne le chantera jamais assez, elle me dit mais elle sait danser le reste. Sic.
Intrigué, je revins en arrière, regardais la belle, un visage à demi renfrogné sous un regard de velours noir… Nous dansâmes un slow. Nous nous contâmes un peu du présent, j’insistais sur son passé récent, elle finit par sourire. Me donna un faux nom, une adresse inadéquate, un téléphone quelque peu fantaisiste, une ville lointaine, elle s’embrouillait ? Je ne le voyais pas. Je la quittais sûr de moi et souris à la cousine... Qui avait fait tapisserie, la pauvre.
Nos retrouvailles furent complexes, hasardeuses, marquées par le destin, et par une cousine (la même) qui sur le boulevard m’interpella. Sic. Retourné comme crêpe, je fus. Mais ne le sus que bien après comme se doit.
La suite au prochain printemps !
Guy