humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Depuis longtemps sinon toujours, je désirais trouver un refuge bien à moi à l’abri des regards de l’autre. Timidité excessive, besoin de cachette pour mieux imaginer ? Dans un grand arbre si possible. Et comme je n’avais ni jardin ni nature sauvage, je m’enfermais dans la salle à manger, un peu sombre close voilée, avec des meubles en noyer presque noir et des chaises sculptées. Et, je pensais... Mais à quoi quand on a douze ans ? A sauver le monde de la famine de la maladie de la guerre, évidemment. Un jeune vieux naiif, n’est-ce pas ?
Et puis quel prétentieux, diriez-vous ? J’étais, il est vrai, nourri de géographie, de sciences naturelles, de mon cher Jules Verne sur tout. Donc, je ne doutais de rien. Bougainville avait bien découvert sa plante si belle dans les îles du Pacifique et Robinson l’arbre à pain ! Et si on domestiquait les baleines pour leur lait ? Et depuis le monde perdu des Andes, ramené quelque mammouth pour sa fourrure et ses défenses ! Tel explorateur avait bien trouvé l’arbre à ivoire, pourquoi pas la plante au calumet de paradis.
Le temps a passé, j’ai grandi, et un jour me suis posé en Calédonie, sur un terrain près d’un marais, avec des sarcelles pour amies. Lors, suis allé au marché aux pauvres et j’ai demandé à une dame vendeuse d’herbes magiques, accessoirement lectrice évangélique d’Isaie son préféré : pouvez-vous avec votre tribu me façonner une hutte mélanésienne traditionnelle juste devant ma maison. Que pour moi ? En matériau du quotidien, tout simple et léger. Elle ne fut pas étonnée, mais pas du tout, me sourit et me dit : de paille, de feuilles ou bien de palmes de cocotiers ?
Je choisis les feuilles de cocotiers en souvenir des cases en falafy de la côte malgache.
Je commençais à meubler les murs qui laissaient passer les rayons de lune, le soir ! Des murs si favorables à la méditation, savez-vous ? Las, l’idylle ne dura qu’un moment. La cabane s’envola au premier cyclone me laissant sur ma faim de rêve d’humanité et ma soif d’infinie intimité. Ce fut ma seule, tu sais.
Elle faisait sourire le voisinage, rire les enfants du village, mais pas les petits mélanésiens...
Pourtant elle était si belle toute en feuille de cocotier ! Mais la beauté poétique ne peut rien contre les forces d’une Nature sans pitié pour l’intrus étranger.
Guy