humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Ma maman avait un faible pour le vieux bois charnu, piqué si possible. Elle possédait une salle à manger tarabiscotée, massive, art et déco. Ces meubles ne servaient à rien, sinon à cultiver le souvenir d’une avant guerre heureuse. Un jour elle me dit : « Et si tu faisais tes devoirs sur la table cirée, puisque tu n’as pas de bureau ? Au début je me montrais réticent, puis je pris l’habitude d’y rechercher l’inspiration. Et ça venait…
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Lors, je m’y enfermais, déambulant -sic- autour de la table pour mieux apprendre les leçons. Les panneaux sculptés contaient d’ailleurs moult histoires. Donc, je marchais de long en large ou bien en rond, le mouvement activant l’imagination, c’est bien connu… La famille fermait les yeux sur cette lubie bizarre. Ma sœur, elle, dansait en jupon rose devant la glace de la coiffeuse. Ma mère qui l’adorait trouvant son attitude normale, tolérait par contre du bout des lèvres les fantaisies de son garçon.

Dans ma tour d’ivoire, comme Montaigne, je donnais suite au dernier roman de Jules Verne, lecture en train, ou bien aux voyages inachevés toujours recommencés du Docteur Cosinus. Cette bande dessinée du XIX ème, de Chistophe, qui fut pour moi une bible, que dis-je mon kamasoutra ! A l’époque je voulais découvrir des plantes nouvelles, des pays originaux, des bouts du monde inconnus. Je m’embarquais donc sur un trois mâts et naviguait au lointain…
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Invariablement, je trouvais, hourrah hourrah, des végétaux nourriciers très étranges, aux qualités extraordinaires, que je ramenais à la civilisation. Peu à peu, je traînais dans ces mondes, ne voulant revenir. Ma mère tapait à la porte doucement, mais avec insistance, n’osant trop interrompre la création, elle disait : Même un grand romancier doit se nourrir ! Avec réticence j’arrêtais mon odyssée, mais je ne tentais guère de convaincre la famille…
Mon père, lui, était au travail. Il aurait je crois, mieux entendu mon inspiration… s’étant engagé comme comptable sur le transsaharien, au temps de sa jeunesse.

Si j’avais eu en ma possession un pan de montagne un morceau de Sahara un petit océan indien, ou même un simple jardin, j’y aurais entrepris de longues marches, mais hélas je n’avais à ma disposition qu’une vieille table sombre.
Guy