humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
... Vagabonder n’est pas le mot qui conviendrait. Errance choisie ... non plus. Fuite alors depuis l’Eden natal devenu charnier, et Divorce enfin d’avec la patrie ingrate oublieuse méprisante, mère naturelle déguisée en marâtre infâme.
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Au début du Voyage, j’ai voulu effacer, écraser même le souvenir. J’ai mené une vie de recherche de mon Moi profond, celui d’avant le souvenir du départ, d’un moi mythique qui aurait du ouvrir enfin sa chrysalide d’enfance, de jeunesse, de lumière douce, et s’envoler vers l’univers des adultes.

… Comme pour retrouver son devenir qui semblait déjà tracé : un homme, une villa dans les rochers face au vent de la mer, au regard plongeant sur les vagues. Lors j’aurais entrepris, je le crois je le sais je le vois, un jardin de rocaille sèche en espalier désordonné, avec des rochers creux et des cailloux étonnés.

Et puis aussi de mes séjours menés dans l’espérance pas si folle du Revenir, j’aurais trouvé et ramené précieusement des plantes nouvelles amies de la sècheresse, du grand soleil, je les aurais acclimatées au souffle humide de la falaise, abrupte et escarpée. Et quand j’aurais éprouvé le besoin de solitude, du songe de l’existence, je serais descendu sur la plage et me serais promené sur le sable et les pierres. Seul, face au vent du Nord toujours frais !
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Mais à la place de ce futur, m’en suis allé, forcé perdu soufflé, chassé toujours plus loin, vers l’Orient, vers des bouts du monde inconnus, comme si le destin inexorable m’y poussait. Et partout, plus ou moins vite, plus ou moins bien, j’ai façonné des petits jardins d’éden, pour trois ou cinq années, et quand je devais m’en repartir, j’emmenais mes fleurs et les plantes que j’aimais. Ici un baobab nain du grand sud de la grande île dont le nom latin hyper amusant est Pachypodium (gros cul), là des épines d’un christ grimpant rouge sang, là encore ma collection de Cannas de vingt espèces différentes...

Et je les replantais ailleurs encore toujours à nouveau, patiemment, avec parfois quelque succès. A un endroit même, j’avais reconduit ma favorite, une haie variée de fruitiers plus ou moins sauvages, pour donner à manger aux oiseaux et aux enfants qui passaient ! A la poursuite de l’éden, sans doute devais-je penser ! De l’Espérance plutôt. Mais il manquait la certitude assurée de celui qui devait rester là, à jamais. Bien accroché. Enraciné.
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Vaincre le destin, vous savez, c’est impossible à en pleurer.
Et, je partais ... il le fallait. Et puis un jour ce fut la France !
Difficilement me suis-je habitué, il le fallait encore, à jamais.

Et maintenant, pour ne pas oublier notre patrie première, nos îles successives ensoleillées rayonnantes, lumineuses, parfumées, tout simplement heureuses en des rapports humains naturels et gais, nous combinons désormais les cuisines, nous mélangeons les quotidiens, mixant rêve et surréalité. Nous vivons dans un décor rustique de musée.

Mais je sais que le Paradis perdu l’est à jamais.
Guy