humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
un balcon au soleil
En l’an de grâce 1957, n’étant ni puissant ni riche ni pistonné, ni fils à papa, ne pouvant donc prétendre à quelque amnistie tardive, je me devais donc d’accomplir un service militaire obligatoire et républicain. Pendant les «classes» nous dûmes apprendre dare dare à obéir, et lire sans rire ni pleurer force sourates du manuel du combattant. Et encore à bien reconnaître les grades afin de saluer sans se tromper. Certes, nous dûmes crapahuter moult et moult fois dans le Djebel, sous le soleil d’Afrique, tout en chantant, cela aiderait ‘semble-t-il.
En batterie, mon job était de programmer des tirs au canon sur de méchants bandits, appelés fellaghas ! Le reste du temps on lézardait à l’ombre, mais toujours prêts à bondir...
Depuis Napopoléon, l’artillerie de campagne est la gloire des armées. Les anciens m’avaient mis au parfum : toi, le bidasse canonnier, l’innocent, le bleu, l’ahuri, si tu veux survivre, il te faudra apprendre à ne rien dire (ou faire), puis «à attendre sagement le contre ordre avant d’exécuter le moindre ordre lancé, ce afin d’éviter tout désordre intempestif (bête noire des armées)» et ainsi tu pourras *coincer la bulle en toute sérénité. Une expression issue de la grande armée où l’artillerie tirait des obus avec parfois du retard, sur ses propres copains, pauvres grognards de métier : tout ça pasque les artilleurs devaient coincer la bulle à son juste niveau, afin de bien calculer la hausse exacte, etc.
Comme on s’ennuyait souvent, le dimanche on avait permission implicite de courtiser au téléphone les demoiselles des P T T à condition expresse de ne dévoiler aucun secret militaire.
Je passais pour un héros, pasque le commandant ayant mis une fois le haut parleur, pendant une drague hot hot de mon cru, les autres bidasses jaloux avaient tout entendu et bien ricané. Il faut savoir que le pioupiou moyen se nourrit de rêves féminins, trouvés dans «le Chasseur français, les magasines Intimité et Nous deux», et aussi de Lingerie fine envoyée en colis par leurs fiancées.
J’y avais bien repéré les rubriques dites sentimentales of course recherchant prince ou princesse charming. Lors, on avait ouvert le Grand livre des fantasmes humains... On pouvait y lire diverses annonces recollées, des plus ‘marabouteuses’ : du genre *châtelaine riche cherche correspondant de guerre, ou bien *demoiselle musicienne souhaiterait trouver garçon musicien, si n’aime pas Mozart s’abstenir, ou pire : *femme de gauche cherche compagnon de gauche, si pas de gauche refusé, joindre foto. Sic.
J’étais devenu écrivain public. Nous mettions des images de potes variés portant beau, avec ou sans moustaches fières, affublés de grades bidon, à l’adresse militaire collective de l’un ou de l’autre. Ainsi, on oubliait la guerre. Tu diras, c’est idiot ce qu’on faisait, *moins que cependant... D’ailleurs ma sœur m’a mis au parfum plus tard, les filles du pensionnat faisaient la même chose, à l’envers. Guy