Dans la région du nord / il y a des hommes étranges
amoureux de la terre / de la mer et des choses,
que la solitude et le rêve / ont rapproché des hommes
qui savent parler à l’homme / de la mort et de dieu
coeur de VOH Je m’en vas vous conter ma rencontre avec Me’sieur DUFOUR.
Me voilà chez le personnage…
Avec civilité, on se salua. «Je suis le professeur étranger, croqueur de radis bio introuvables dans la superette du village. Il parait que vous avez un don pour les végétaux.» Il se leva de la marche de l’escalier, s’étira un instant puis me fit visiter son marais de terre noire épaisse cultivée en désordre apparent. Mais je compris vite que l’enchevêtrement était savant. Tel rang d’oignons incurvé épousait la ligne de niveau, tel chou de chine en buisson profitait d’une rigole toute trouvée. Telle pastèque courait en diagonale pour ne point gêner le potiron… Chaque plante ayant son mystère son génie son devenir et le jardinier de la terre se devait de les écouter. D’ailleurs il parlait à ses plantes sur un ton familier avec des mots très doux comme à des enfants.
On glissa sur la religion. Il était donc adventiste de l’église des sept saints du dernier jour et se devait de ne point se nourrir de chair. Même d’un œuf ? Même.
A la rigueur de lait, quand la nature est faible ? On s’assit sur le perron, bûmes une limonade sans sucre surajouté et devisâmes sur le jugement dernier.
Il était la bête noire des éleveurs sauvages du village d’à côté pasque il avait refusé une transfusion pour un de ses enfants et son épouse avait déserté le foyer. Espérant la convaincre de revenir, avec ses maigres revenus il bâtissait de ses mains noueuses une villa neuve, un peu bleue, en travaux éternels, au fond du pré. Nous devînmes des amis et, partant en vacances, je lui confiais notre petite chienne. Au retour on la reprit toute maigre et tremblante, elle avait été nourrie de betteraves et de carottes...
Monsieur Dufour était mon ami.