Ti’pol et Tit’boule se voyaient le jeudi au petit Vichy. Les mamies tricotaient tout en papotant. Cela pouvant s’inverser. Un jardin merveilleux tout plein de sauterelles d’abeilles et de papillons. Et puis de fleurs multicolores de Bougainvillier pointu bonnet. Le grand jeu était de saisir un hanneton, à un fil l’attacher, le poser sur le banc, en criant «un cafard» ! Elles faisaient semblant d’avoir peur... Alors on se faisait tape cinq avec les mains.
Les enfants se parlaient en langue Papoue, transmise par l’ancêtre explorateur : le «djaga-djegueu», ç’en était le nom. Facile, on ajoute G à chaque syllabe. Ti’polgol et Tit’boulgoule menaient donc une vie heureuse secrète et protégée, pleine de ti’bonheurs et de chansons. «Elle» eut une idée ! Si on allait sur le boulevard admirer la grande vitrine de jouets. Le préposé du square rêvassait. C’était un vieux zouave de l’Atlas, à chéchia rouge et jambe de bois, emploi rézervé aux héros de la guerre. Laquelle ? Ici l’auteur s’excuse, il y en a eu tellement !
Le gentil gardien fumait donc sa pipe en bois. Les deux amis purent s’échapper, en catimini. Sur le trottoir, assis sur son derrière, fidèle et sage, le chien blanc les attendait. A un moment on pouvait entendre force cris, rires, grognements, imprécations et même d’affreux gros mots. Un rideau infranchissable de pieds, de mollets, de bottines, d’espadrilles et même de vieilles savates. «Elle» eut une idée. Lâchons le chien, il aboiera, la foule lui fera place, on se faufilera…
Sitôt dit sitôt fait, les voilà devant un spectacle –devinez- de p’tits trains électriques. Tiguy’polgol lança à sa copine : c’est rigolo, les trains se tamponnent, y’a mm les pompiers, pimpon pimpon. Tit’boulgoule rêvait depuis l’enfance au noble métier d’infirmière : sauver les chiens, à la rigueur les humains, mais point de passage dans le miroir.
La masse humaine s’excitait, hurlait, on les aura… Il faut donner des gnons au chef de gare. On s’oubliait. Finalement la foule devenait matcho-matcheuse, le Paris st germain semblait gagner… A mort l’arbitre.
Certains même se croyaient en meeting politique du front populaire, la gauche la droite se lançant force cris d’oiseaux. «Vendus, je t’attends à la récré». Ils réussirent à sortir de la mêlée, sain et sauf, sauf Médor resté prisonnier.
Ils r*engan-trèr’guèrent aujgo jagar’djinguin. Les mamies papotaient. A demain. J’ai hugune nouvèlleguèlle higuydéguée, murmugur’raga le garçon manqué. Il nous faudra délivrer le ti chien abandonné ?
Guydjguy