De mémoire de marabout, on n’avait jamais vu cela. Tous les enfants petits et grands sont allés contempler la merveille. A ce propos le grand jardin du petit Vichy avait mis une pancarte : c’est Noél, Paix sur la terre, respectons les oiseaux, les hannetons, les papillons.
Et depuis que le gardien boiteux avait surpris belle boule et vieux popol soupirer sous le bougainvillier blanc, il appliquait le règlement à la lettre : interdit de courir dans la pelouze des grands.
Elle était devenue belle princesse et lui p’ti prince charmant. Le ti-chien blanc venait les voir de temps en temps, tenant en laisse une dame respectable couturière, il portait un costume a pompons, le pauvre. Interdits de séjour au jardin, ils exploraient donc les bois de la montagne, connaissaient chaque recoin, trouvaient lézards, cigales et fourmis rouges. Certain lézard, ayant perdu la queue dans une bataille, la voyait repousser doucement. C’est rigolo disait le prince savant. Princesse sentait son âme pleurer devant la cruauté du monde.
Lors il y avait de la neige, ô quelques centimètres, mais c’était suffisant pour lancer une marseillaise joyeuse. En ces temps lointains, on l’apprenait à l’école. Et la Légion défilait toujours en la disant. Princesse belle et prince consort donc se tenait par la main. En fait elle le menait par le bout du nez : «Trouve moi du pin pignon, une fleur d’ajonc, un brin de romarin !» Elle en confectionnait des colliers, il était bouche bée devant son talent, il en oubliait la neige. Encore un mystère d’ailleurs, chez nous le froid ne pique pas.
Ils mirent donc de la neige blanche dans une assiette de porcelaine d’antan, descendirent de la colline à pas de géant, allèrent vite au frigidaire de la reine, mirent l’assiette précieuse sur un rayon, tout en chantant je crois et même en dansant. Le lendemain, jour de Noél, ils ouvrirent le frigidaire, la neige avait fondue ! Chaud chaud le frigo ! Quelle déception. Ainsi va la vie !
Guy