Le jardin pour la première fois déborde de muguets ! Je ne puis les cueillir tous.
Certes j’en avais planté un peu partout, en bel ami, pour me surprendre, au hasard, à l’aventure, mais jusqu’à présent rares étaient les fleurs, alors cette explosion inattendue me désarçonne ! Cependant je n’ai guère le goût d’en ramasser.
Le climat a décidément changé. Ici des clochettes -des primevères -des coucous, des lilas… à foison. Et là des arbres gelés ! Oui mes chers figuiers si beaux, si chouchoutés, si nourriciers, si humains, sont desséchés. Un début d’hiver tièdeur douce, la nature rieuse qui commençait juste à pointer son bout de nez, et voici que Mars l’hibernal est arrivé. Neige, verglas, giboulées.
Mon espérance est qu’ils repartent par le pied, mais n’en verrais sans doute pas les prémices sucrées. J’étais si fier d’en offrir dans un panier, de ces figues presque inconnues pourtant si onéreuses au marché. A mes connaissances étonnées. On est en Normandie, n’est-ce pas, «incroyable» me disaient-elles ? Soupçonneuses amusées.
Tu as vu d’ailleurs comme les fruits achetés de ci de là ont "un goût de vieux", pire de rance. D’eau bien vieille, sans doute croupie, de «dégueulasse» chut... Certes on regrette toujours la madeleine de son enfance, mais là le monde exagère.
Une fois j’ai vu le Maire, pour une rue nouvelle qui passait par là, qui allait écraser hérissons et papillons. Lesquels vivaient paisibles. Alors j’ai dit au maire : «Monsieur, plantez au moins des cerisiers juteux», bigarreaux-ci bigarreaux-là, «sur les bords de la route, en place de vos tilleuls tailladés boudinés et ou de vos chers platanes bosselés boulimées». ll eut l’air étonné, prit un air pensif, me sourit, et planta des poiriers d’ornement, pire du Japon, pyramidaux irréguliers, même pas jolis ! Fruits immangeables bien entendu.
Certes les enfants des pauvres des déracinés, confondraient une cerise avec une je ne sais quoi, et de toutes façons ne grimperaient pas aux arbres, ils en ont perdu l’habitude, vois-tu ? Aussi je désespère, il faudra bientôt tout acheter au supermarché, et, le plus terrible, même... la baguette, oui. Là, la France est définitivement fichue !
Le vendeur de la boulangerie industrielle du coin avait bien fait dernièrement quelques efforts, un béret bleu un foulard rouge, acceptant les centimes oui merci, disant bonjour oui da, et puis il emballait si soigneusement le pain mollasson serpentyforme en suivant avec tendresse les directives européennes : dans des pochons en papier recyclé d’origine estampillée oui bis.
Lors, je pense à mon hier et je pleure !
Et ces festivités laiiques obligatoires et pas gratuites, ça me dépasse. C’est comme Halloween, je hurle. Je trépigne !
Pire je blogue.
Guy