Je cherche sans espoir, dans la cave-grenier, une foto d’un hier disparu.
Mais je n’trouve pas; quand on vivait dans cet hier immuable, on était sûr du lendemain, alors on ne prenait point de fotos d’un quelconque essentiel. Cependant cet essentiel, au quotidien, me manque, tu sais. Je me sens devenir étranger à mon passé, inconnu de vie, et pire à vie... Mais quelle était donc cette simple existence oubliée, perdue, que je veux retrouver, que je ne puis ?
Une humble appartement, avec un si grand balcon, non j’exagère, mes souvenirs s’embrouillent, et un corridor si long si long que j’y pouvais galoper. Non, petit, mais à ma taille, et pour moi immense ! Des fois quand je ne voyais venir aucun voisin, je jouais tout seul, à me cacher derrière les portes, non deux portes ou trois, mais moi j’imaginais l’infini. Non point l’infini mais la joie profonde d’exister. La joie normale...
Alors je cherche, je cherche, je sais que je ne trouverais pas, mais quoi ? Je m’acharne. Mais qui ? De toutes façons je ne m’en souviens plus tout à fait. Mon enfance a disparu avec l’exil, depuis j’ai vécu en plusieurs pays, des tas de fotos souvenirs. Et, n’ai nullement le moindre désir de les regarder.
Une petite certitude là les portes grinçaient et j’en faisais musique... Et bien nulle foto de ce morceau d’humble bonheur, non rien, dans ma cave grenier, il y a juste des objets inutiles, venus d’un présent à peine dépassé. Sans intérêt !
Je cherche des images heureuses au soleil du balcon, et faute d’en trouver puisque on n’en a pas prises, j’imagine mon passé, mais c’est flou tu sais, dans un halo de lumière en clair obscur, si embrouillé ! Ma maman me sourit. J’ai fait une épaule d’agneau à la cocotte de fonte (noire du Creusot) avec des pommes de terre rôties et tu peux tremper ton pain... C’est dimanche.
D’autres vous content une madeleine et puis une tasse de thé. Mais, pardon, on ne prenait pas le thé chez nous, seulement du bon café. Et tu sais, depuis je n’ai plus retrouvé le bon goût du café de mon enfance volée.