Creux et bosses, nids de poule, tôle ondulée, ravines surprises. Et puis il me fallait respecter la paix ainsi que l’harmonie du monde. Ma jeune épouse somnolait.
Tous les amis de la Terre et des hommes tentent de ne point déranger la vie, ce vivant sauvage si fragile. Lequel était encore foisonnant en ce point d’univers préservé. Sur les bords du chemin erraient parfois quelques zébus paresseux, découvrant ainsi une masure enfouie au loin dans la latérite d’ocre rouge. J’avançais lentement, évitant les secousses. Le moteur ronronnait de contentement. Je pouvais ainsi regarder le paysage.
Tiens, sur le bord, un tombeau presque récent pointant son aloala en vieux bois sculpté. Il devait conter sans doute la vie d’un ancien combattant pauvre gars mort pour la France, seul ou presque à pouvoir s’offrir une sépulture... Sur les parois blanchies de kaolin, une fresque naiive donnait je crois plus de détails. Ce n’était pas mon premier monument, mais celui-ci semblait si soigné. J’avais ralenti encore le pas.
Plus tard, pour un instant, je bifurquais dans la brousse d’épineux et d’euphorbes géants... la végétation xérophile spécifique du grand Sud malgache, résiduelle -chut- des dinosaures d’antan ? Malgré mon infinie précaution, moteur au ralenti, la «maisonnée» semblait s’éveiller dans la pénombre claire... Mon épouse, s’exprima la première, de sa voix naturellement basse. "Guy, me dit-elle, rêvant les yeux ouverts, merci de m’avoir conduite au Paradis !" Je regardais étonné. Une clairière parfumée, entourée d’une végétation arborée bien étrange... tourmentée... géante, de taille humaine cependant. Il faut dire que l’Ile rouge offre des décors de westerns impossibles et tellement vrais que l’enfant voyageur s’envole et disparaît.
Certains arbres tout de bronze vêtus tendaient une main vers le ciel, ongles torsadés, candélabre sorcier. Pour une fête de début du monde. Des fleurs bijoux de toute formes, de toutes couleurs, aux doigts de fée, en bouquet, en diadème de cérémonie ! Les papillons étaient chez eux, nous offrant un ballet bleu ou rose, tacheté de vert émeraude et de blanc, une robe rare tu sais. Un oiseau frôlait ma dame, de ses plumes de lumière. J’en étais jaloux je crois, elle était heureuse par d’autres que moi, le paradis disait-elle... Certes, pensè-je, dame nature est si belle quand l’homme la contemple sans pouvoir la toucher.
Ma fille à son tour ouvre la vitre, saisie par le miracle, silencieuse. Puis devenue papillon, fait un pas de danse imaginaire. Battant des ailes par mimétisme ou par jeu. Jacques, bébé joufflu, bouche ouverte ne bougeait plus, le calme et la musique du monde le berçait... Il souriait à l’ange sans doute. Il était adorable, j’étais comblé. La nénèny que l’on avait emmenée, descendit à son tour portant le bébé dans ses bras, soupira puis se mis à prier, je crois bien la vierge marie, murmurant en malgache. Je comprenais ...
On était bien au paradis vous savez ! Dernier signe, la musique. Quand on écoute le silence cette musique s’entend par le cœur, cris d’oiseaux, ronronnement paisible de moteur, timbre doux unique de la femme, rire de l’enfant. L’amour est musique avant toute chose. On repartit.
une sega pour terminer et dissiper toute ma nostalgie