humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
… où je me voyais dans un cocon de ouate blanche comme nuage ballotté par le vent ? Je n’éprouvais nulle crainte cependant, bien que seul sur une nef dans l’immensité d’ombre claire. Je me sentais malléable et mou. J’ai voulu expliquer ce songe à des grands. Personne n’a su apaiser ma requête.
Puis j’ai repris une nuit ce même chemin… Je flottais dans l’espace flou sans but précis à contre courant, et je m’en trouvais presque heureux.
Puis encore j’ai vécu la même scène un autre soir, sans étonnement, comme si c’était la suite d’un voyage sans fin à décoder ou pas. D’ailleurs je n’ai pu en découvrir la clef, ni même de mon berceau de ouate mieux définir l’aspect; le néant souffleur m’entourait, débonnaire, je savais qu’il savait le chemin.
Un matin où cette image était toute fraîche d’impression, je suis allé me confier à la grand-mère du pallier, que je sentais matriarche, sous son regard bleu voilé et les rides de son front. Je l’avais déjà vue une première fois où j’avais attaché le lapin de mon père à une charrette jouet et qu’il avait crié, crié… Elle m’avait dit ces mots tout simples, des fois les lapins parlent quand on leur tire les oreilles. Comme les enfants. J’avais huit ans.
Depuis je savais qu’elle savait le dedans de l’âme des bêtes et le sens du rêve des hommes. Elle m’avait regardé dans le silence, longuement écouté et dit : « Tu vas faire de longs voyages à l’envers des autres, mais tu seras protégé. »
Mes traversées ont toujours été vers l’Orient, Madagascar en premier, le Pacifique plus tard, comme si je devais y découvrir quelque chose, un passage, une règle de vie. J’y ai entraîné ma famille, je ne le voulais pas vraiment mais le destin doucement me poussait.
Le cocon s’est fripé, est devenu tout gris ; et puis s’est métamorphosé en jardin qui me chauffe me protège et m’aime… Je dialogue avec les plantes, voyez-vous ? La vieille dame est partie, emportant avec elle son secret divinatoire.
De l’autre côté des choses. Dans l’au-delà des rêves.
Et j’y pense encore.