humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
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On pouvait voir la dentelle de corail sur le fond de l’eau. Un ciel de velours sans lune qui fourmillait d’étoiles. Par moment l’onde perdait son habit de phosphore et d’opale pour se vêtir de vieil argent.
Nous marchions à la lampe et chacun de nos pas découvrait une merveille… Ici un poisson ballon qui, sentant notre présence, gonflait ses piquants : un diodon disent les savants. Là un perroquet vert et rose prisonnier d’une vasque dernière oubliée d’océan qui faisait l’endormi, ailleurs une raie tachetée sursautant de flaques en flaques pour retrouver l’espace et la liberté, et puis Messieurs les Crabes perchés dans des cailloux creux de vieux corail troué ballottés par la vague ancienne, et puis sous les «patates» au nom très banal n’est-ce pas, jouant à cache cache les Coquillages précieux : il nous fallait cueillir délicatement les fleurs, remettre le vase dans sa position première avec un grand respect de dame nature. Jeannie maîtresse de ballet veillait à cela. Un poulpe, un cri, mon dieu, quelle est belle la bête…
Flo’vahiéré et ma fille se jetaient d’affreux tire’boudins inoffensifs qui ressemblait à des bouchons cornus, des hollotruries disent les savants. Pour impressionner la moins terrible, elles coupaient en deux avec le sabre des tricots rayés, serpents bagnards à la bouche sans danger. Laissez les tranquilles… Mais personne n’écoute ni n’obéit au paradis bleu. Jeannie riait.Les dames n’aiment pas les serpents c’est connu. La marée remontait, lentement, un clapotis au début amusant…
Le scout malgache, fils du «roi de Sainte Marie», notre hôte, lui-même prince au grand chapeau, scrutait le ciel qui se couvrait, c’est drôle on ne voyait plus les étoiles. Il mouillait son pouce au vent, observait la nuit masquée, semblait hésitant, me toucha l’épaule : «on ne voit plus la terre, les phares du pick up sont éteints, un problème de batterie… d’après vous où se trouve la plage...», me demanda-t-il un peu inquiet ! Un grain se prépare.
J’ai senti alors une main guidant mon bras, indiquais une direction, c’est bizarre on me crut, effectivement après deux cents mètres de marche, nous retrouvâmes la plage et la voiture, qui sagement nous attendait. Au retour silencieux, ils me regardaient d’un air étrange.
Le lendemain, ils nous firent tite’fête : délicieuse langouste, crabe mou en sauce carry, poisson grillé au citron vert à notre table...
Instinct de survie, hasard, coincidence, chance ? Ma positive moitié n’en démord toujours pas. Baraka, mana, grâce comme ça méritée ou pas, destinée… imagine parfois le poète de la mer!
Guy