humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Ai ressenti cela lors de mes longs voyages. Chaque fois, mes réflexes humanistes, mes grandes idées démocratiques, précieusement rangés pliés, je les conservais toujours propres au fond de la malle.
Une première aventure humaine décisive va me plonger en pays Malgache (l’Ile rouge). La pensée et le comportement naturel y cultivent une forme de nonchalance romantique, d’approximation floue, un vague à l’âme, une certaine lenteur : «amour-amour» disent-ils. Avec des tabous certes nombreux mais bien différents de ceux de notre Europe rationnelle. Cependant si vous grattez la peau de certains de nos compatriotes, bien habillés, instruits et fiers, l’homme de Néanderthal ressurgit bien vite. Mais qu’est-ce finalement que le comportement sauvage ?
J’ai aimé ce pays, ses manières profondément policées à l’antique, issues du lointain Pacifique, encarnées de douceur féminine, toujours prude et pudique cependant, restée secrète, si peu démonstratives finalement, une mélodie musicale de langue-voyelle rythmée en demi teinte si proche de la poétique Polynésie, dévoilant une grande richesse intérieure : j’ai eu le temps -et la force de ma folle jeunesse- de creuser, décoder, comprendre, aimer.
Au retour il nous fallut nous (ré)habituer à la marâtre patrie mythique. La Doulce France… Ses indigènes de province m’ont dit plus tard que cela me fut étrangement facile ? Le plus dur il est vrai résidait en l’institution mammouth dite de l’Enseignement national éducatif (cela pouvant s’inverser), confite en politisation arrogante exacerbée, insultante quelque fois même, menée par les syndicats qui y régnaient en maître. A cela s’ajoute le jugement hâtif des habitants autochtones des alentours : Vous venez des «colonies», vous vous êtes enrichis sur le dos des colonisés… Ce n’était pourtant pas le cas pour l’Algérie où le : P I B des européens était nettement inférieur à celui de métropole, où c’était la France d’ailleurs qui avait colonisé par diverses méthodes, plus ou moins avouables, en exploitant de ci de là les richesses qu’elle découvrait ! Tout en les mettant en valeur et en abandonnant clefs en main, à lui-même, le pays le plus moderne d’Afrique.
Préjugés, clichés, mépris de l’autre, du provincial, de l’homme des colonies *un étranger pas’que né hors sol, vaste fumisterie encore*. Une France figée. Las, pour débloquer le Schlimblic, il m’aurait fallu jouer le jeu, faire semblant, émarger au budget. Mon esprit libertaire s’y refusait.
En Nouvelle Calédonie, quel choc une fois encore à l’arrivée. Plus tard, au retour ce fut tout aussi terrible d’ailleurs : nous venions, *incroyable, d’un pays *inconnu sic où l’Homme, *invraisemblable, compte tout simplement dans sa différence hors mode quelles qu’aient pu être les erreurs passées. Le bagne par exemple. Très bien accueilli par les kanaks, les métis caldoches (nommés broussards), mais, toujours avec le même problème existentiel, spécifique à l’outre mer français, d’expatriés imbuvables arrogants, prétentieux pardon de métropole, que l’on nomme là-bas zoreilles, lesquels colportent préjugés, mesquinerie villageoise à l’ancienne, jalousant ouvertement le voisin…
Des fois, certains reconstituaient mêmes des salons à la marquise de Sévigné, où l’on cancanait pour le moins, je n’oze. Avec le côté amusant des jeux de pieds sous la table, oui, oui. Coutume gallo-romaine devenue mondialiste.
Le pire étant le conformisme typique du bordeaux rouge, que l’on doit boire Chambré (sous les tropiques !... à trente degrés… il le faut) sous peine des foudres de lès-francité.
J’ai partout vécu sinon survécu, même au vin chaud, mais mon séjour le plus dur fut de France !
Ouf, à demain, et je n’ai pas tout dit ! GUY