J’avais huit ans. Pardon ! Avec des petits soldats de plomb qui avait perdu leur tête… Mais comme les têtes étaient petites, je les perdais aussi. D’ailleurs je rangeais mes titrucs, tous mes machins dans une boîte à soulier usée cabossée de la marque Bata, pasque.
Un jour un copain m’a dit que il faisait fondre le plomb au gaz de la cuisine, dans une cuillère en fer. Et après il recollait les têtes et même les fusils, alors j’ai essayé moi aussi. Pasque je voulais être savant et devinez, la cuillère a débordé sur les becs de gaz et ma maman ne pouvait pas les nettoyer. De plus la cuiller s’est tordue et ressemblait à un couteau ébréché. Pasque à cette époque de la guerre, on gardait tous les bouts de cuillers... car y’avait la pinurie. Même que avec des bouts de ficelles, on faisait des jouets pour ma sœur. La pôvre, elle qui se croyait une princesse... une poupée en chiffon, grandeur et décadence, une princesse frustrée.
Alors je continuais à jouer à la guerre avec des soldats sans tête, ni lance, ni pique, ni fusil. Cela n’était pas une vraie soldatesque, mais ç’n’est pas grave, mon imagination suppléait à l’imparfait. D’ailleurs pour la musique militaire, avec la bouche, les pieds, une casserole, une neuve cuiller, on faisait l’orchestre. On, pasque mon voisin participait et amenait sa panoplie de spahi.
Pour les murailles et les machicoulis (ayayaye ce mot ? lé pas mignon), c’étaient toujours des cartons à soulier de grandeur variée. Le jeu consistait à cacher les soldats sans tête dans tous les coins des boîtes trouées, et on tapait avec des pignols (noyaux d’abricot) pour les faire tomber. La bataille s’arrêtait quand il y avait pinurie de noyaux, et si tous les ti soldats n’étaient pas tombés au sol, c’est qu’on avait perdu, pasque on avait le droit chacun à une quantité de pignols qu’il ne fallait pas dépasser.
Des fois on tirait des boulets de canon, avec des billes en «nagathe», dix pas plus ni moins, et vu le nombre de boîtes à souliers, on ne gagnait pas toujours. La solidité du carton d’avant guerre... L’important étant de participer
J’étais général des zouaves, pasque j’avais une chachia rouge et le voisin, colonel de spahis.
Une autre fois je vous conterais quand on était cowboys et qu’on jouait aux indiens, dans le quartier !
Guy