humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
jonque de Chine
Cette fin de semaine, il nous fallait voir Jeannie, pensionnaire à Nouméa, elle prenait de la graine… Quelle expédition ! Des heures d’aventure terre et goudron, halte à l’impromptu, pique-nique avec pâté de venaison, saucisson de cochon doux, poulet de montagne rôti et clémentines de chez Noré …
Le lendemain, pimpante et guillerette, la famille s’empare de la demoiselle pour la gronder, faire sa dissert au passage et lui tirer les vers du nez!
J’adore flâner sur les quais près du cercle nautique, il s’y passe toujours quelque chose, une densité de «matière grise» supérieure à celle disons…de Palavas ou mieux de Papé’été : navigateurs basanés, pirates repentis, skippers gigolos, «pokens» ahuris en goguette du club mèd échappés, pêcheur de lune bredouille, broussards burinés, globe-trotter en vadrouille, zoreilles déboussolés…
Poum Poum Poum, Poum! Le rideau s’efface, la tragédie va pouvoir commencer.
Un gros rafiot rouillé, qui avait fini l’accostage, débarquait sa cargaison de miséreux. Abasourdis, nous regardions la foule. Je reconnais un ami quaker en prière, des évangélistes brandissant leur pancarte «viens et vois», des bonnes sœurs vietnamiennes en cornette au regard mouillé et trois dames de la croix rouge, les femmes sont toujours majoritaires devant la souffrance humaine…
Descendent alors en trébuchant des êtres hagards et résignés, rescapés de l’enfer ou du Naufrage, boat people épuisés, cueillis par les bénévoles de L’île de lumière. Une cinquantaine d’acceptés de la France frileuse, pour des centaines laissées à Port Darwin l’australienne.
Jeannie pleurait, elle aida une petite dame en pantalon noir qui tenait dans sa main une fillette d’à peine…sept ans, petit bout qui à sa maman s’agrippait. Notre compassion se mélangeait de souvenirs d’exode en ma ville d’Oran, avec sur le ciment cet amoncellement de femmes, d’enfants, d’animaux familiers, d’objets de dernière minute emportés sans valeur aucune, en attente, abattus, oubliés des bateaux espérés. Hier, pour venir en France tu sais.
Six mois vont se passer. Nommé documentaliste à Mariotti, je crée un cercle des poètes «apparus», tous bien jeunes ma foi, lesquels faisaient cependant des merveilles autour d’un recueil Poèmes à dire à rire et à danser. Bon public pour l’enfance nous le sommes tous en effet.
Un jour je vois venir une petite fille, en pantalon noir rapiécé, si maigre mon dieu, qui me dit : «je connais votre fille, elle m’a tenu la main à mon arrivée, je suis en sixième j’ai douze ans j’ai fait des progrès, je désire raconter le roman de maman».
*Il te faut mettre les textes dans ces feuillets, on les corrigera, tu en feras un carnet*, et chaque matin que dieu faisait elle glissait son papier. L’on pouvait recomposer ainsi le calvaire des pauvres gens de la barque perdue, dans ces mers de Chine infestées de pirates malais ou khmers coiffés du foulard noir, battus pillés jetés à la mer, disparus en esclavage, les femmes violées parfois éventrées dans l’espoir de bijoux, et les cargos bien pensants qui passaient indifférents, les temps d’arrêt coûtent si cher ; la Jeanne en avait sauvé quelques uns, pour eux ce fut L’île de lumière…
Au Vietnam, sa famille mal nourrie, mal traitée, pasque grand-maman catholique avait servi dans une école religieuse, le père mis en rééducation, il a fallu partir… dans des mers hostiles, à la grâce de dieu, vers l’Australie ou un autre pays d’accueil et de pitié!
J’ai pris une part financière pour aider, et je me suis engagé à témoigner.
GUY
pour un peu moins triste