humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Assis sur le bord du radeau, il regardait l’eau cristalline devenue d’un rose léger glisser doucement, au fond de l’océan bouillaient des bulles de méthane glacé, le ciel semblait de bronze sombre et les nuages copeaux de métal rouillé, le poète avait pris l’habitude de ne plus s’étonner depuis le grand chambardement, le monde s’était renversé disait-on.
Au fond du radeau, un poste de radio à galène récupéré d’un ancien naufrage sur un îlot d’hier, par miracle se remit à fonctionner, on entendait un prédicateur de nulle part, bafouiller en une langue inconnue sauf de l’enfant peut-être, des légendes démodées : Un jour, disait le parleur, dans un matin paisible, le soleil s’était noyé...
Chacun dans son langage ses coutumes avait entendu quelque chose sur cela, vingt années déjà que le radeau voguait… Pourtant le gobeur de mythe resté petit garçon, savait lui que la cause en était la déraison humaine, laquelle niait la beauté du monde, oubliant la vieille prière de la création.
Le prédicateur imperturbable enchaînait dans un galimatias impressionnant, presque inaudible, enroué, l’histoire folle d’Adam et Eve sur un figuier savant (le mythe de l’Eden tu sais), puis celui de Tarzan dans la forêt retrouvée où tout semblait encore possible et-où-les animaux entre eux se parlaient, puis enfin les contes d’Orphée tu sais quand Jupiter avait délégué son pouvoir divin en un violon de lumière de liberté. Il disait ce bonhomme aveugle, à la radio ça se voyait, que la magie de Brocéliande… La voix mystérieuse s’était tue !
Le poète naif dansa alors tout son bonheur : je sais enfin comment sauver notre monde perdu ! Je vais pouvoir retrouver ma maison … Dans sa joie immense il pleurait …
Hélas sur le radeau, les hommes plus incrédules que jamais de lui encore se moquèrent, jetèrent dans la mer rose l’oiseau à bulles, au lointain on pouvait entendre un chant sauvage tragique désespéré. La mer vêtue de rose semblait caresser l'embarcation des survivants derniers.
GUY