Je dois vous dire que je suis Targui, attiré un jour par le mirage de Paris : mon Sahara, hélas, je l’ai oublié… Bus, Bateau, Avion, Taxi, Méhari ; Hoggar à l’horizon…Me voilà face au destin ! Mektoub ! Je marchais pensif sous le soleil : ma doulce fiancée était-elle toujours là à m’attendre, comme promis ?
Sur la piste cahoteuse, un âsnier sur un âne en voile bleu me prit au passage …
Je vis au bord du chemin un tas de pierres posées : c’était la tombe du fameux Marabout sidi bel Abbès, mort le pauvre de peur en regardant passer le Paris Dakar ! Y’avait de quoi, d’ailleurs, des sauvages mabouls ! Une idée lumineuse : si je le remplaçais ? J’avais sans doute vieille bouille ridée, longue barbichette grise, grosses lunettes bleues, bâton de pèlerin torsadé en olivier noueux, sandales à lacets multiples ! De plus je suis capable depuis l’enfance de lire ma route dans les étoiles…
Pour finir je saurais donner moult conseils précieux sur la mécanique, la vie parisienne. La-sécurité’sociale, l’assédiq avec ou sans la-ènepé’eû, le-mèd’cinn’du’travail, l’inspection des finances et de l’industrie, l’association des amis de l’amicale des travailleurs sans emploi, l’adresse de la direction des a-chèlèmmeu’s, etc… Tout, je te le dis ! Même expliquer certains dessus de la crise mondiale et le plus difficile les dessous du loto sportif !
Je m’installais dans une villa rose sous les palmiers de l’oasis, mis une pancarte artisanale fluo pour faire plus rustique sur la route de Tamanrasset : Ici, Dévyation (de kylomètraje variable) pour voire la Maizon du grand chef, sidi bel Abbès de chez Renault, le fameux marabout de la montagne ! Miracle, sur la route, l’on fit crochet, c’est fou comme le désert est empli d’explorateurs déguisés en vacanciers ! Ceci pouvant s’inverser. Une dame élégante à la voilette dernière mode pensait retrouver Omar son jardinier las disparu, une autre un ami volage envolé converti récemment au bouddhisme mongol, celle-ci cherchant une potion magique de pleine lune afin de désenvoûter son dernier époux ! Un syndicaliste de chez Renault désirait lui absolument boire une menthe pastis à l’eau glacée de vraie gargoulette.
Celle-la, pour donner doux bizous à Aîcha ma gazelle apprivoisée.
Les gens sont bizarres de part les dunes!
Une dernière voulait m’acheter ma marmite à ma mère en cuivre rouge martelé gravée pleine de bénédictions. Simplement pour en faire un lustre ? Mon schlimblick eut franc succès !
Une japonaise de passage en goguette voulut m’épouser, hélas m’épousa ! Elle faisait la cuisine comme elle pouvait… Lait de chamelle caillé avant l’aurore puis douche de sable aux premier rayon du soleil tiède, sieste, collation de doub doub (palmier nain) en crudité, sieste, puis repas chaud avec en protéines une queue de gros lézard des sables cuite à l’étouffée, ou, en alterné, bosse de chameau en suchis fumés ! Puis long dodo à l’ombre des dattiers palmés! Comme dessert des dattes bien entendu en confiture sucrée.
Enfin Rêve bleu, c’est notre couleur à nous les Targuis !
J’ouvris un restaurant Thaiilandais, une boutique annexe de chapeaux de paille, puis un peu plus tard un curios étalant des chapelets de noyaux et de grigris bariolés… Le temps passait…
Ah, si j’aurais su, j’aurais été vieux marabout bien plus jeune tu sais! Quel gâchis !
Lors j’aurais pu épouser Myriem, l’aziza de ma jeunesse !