humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
De réapprendre simplement la vie, de l’aimer encore, à nouveau, à jamais…
Devant sa porte en vieux bois de citronnier, à l’ombre du préau de palmes, il avait placé des pots fendus emplis de terreau, mis à l’ombre des rayons ardus, et sur des plateaux au hasard posés les graines utiles laissées de ses repas sans luxe, de vieux tamis de paille où les graines oubliées finissaient de sécher lentement comme fripées.
Noré, était un paysan tu sais, resté un peu pêcheur cueilleur, chercheur de fruits de miel et de simples sauvages. Il était sourcier. Tout Nessadiou l’aimait.
Il m’emmenait dans ses promenades, j’étais en vacances me croyant aventurier, il observait les pigeons les biches les roussettes et même les sangliers, tous hôtes bienvenus de son pan de forêt (dans la chaîne comme il disait), pour voir si on ne leur faisait point de mal, comptable de dame nature sans l’avouer, son chien bleu était féroce.
Au moment de sortir… prends quelques pépins, me disait-il… on les sèmera au hasard des lieux propices cachés abrités ...secrets, prends aussi s’il te plaît, dans ces boites rouillées, plusieurs noyaux dont les racines tu vois traversent le métal fendu, on marchait dans les feuilles, sous le soleil tamisé, on plantait ! On chantait la nature.
Le semeur de la bible, entêté, comme sur les vieux timbres d’antan tu sais.
Il était sourcier pour les vieux du village et pour les dames vivant au couvent des petites sœurs des pauvres à Bourail, des fois il lançait un grand cri de bonheur, tu vois l’oranais, tu vois mon ami, un oranger qui pousse et là c’est un jacquier, les cochons noirs adorent ses fruits, et leurs jambons en sont parfumés ! Pasque dans ce pays étonnant, les voisins s’offraient des cochons de lait, un demi régime de bananes, des confitures maison, un panier de goyaves mûres, comme ça ! Il m’a expliqué : c’est une vieille coutume arabe, venant du bagne…«la part du bon dieu», le partage. Il suivait son étoile : trouver de l’eau, planter des arbres à fruits, faire prospérer la terre pour les hommes et les oiseaux du bon dieu ! Et moi j’ai voulu continuer cette tradition, mais c’est drôle ici en Normandie, le voisin refuse le plus souvent, je conserve tout de même derrière l’escalier de bois une foultitude de semences anciennes que je sème at home au vent léger, par tous les temps, même en hiver, ainsi se trouve un coin de jungle sauvage connu seulement du chat et du jardinier, où poussent de drôles de plantes à foison. En insistant, pardon, il m’arrive parfois d’offrir un surgeon de figuier.
GUY