Un rêve tout simple, une plage au soleil avec des coquillages et des enfants. Elle ressemblait un peu à Bouisseville près d’Oran. J’y allais petit, puis la guerre… Plus d’argent pour prendre le car. Alors la première fois en vrai, j’avais juste douze ans, une journée mémorable tu sais. Nos voisins m’avaient invité avec ma sœur, j’étais si heureux que je chantais des airs inventés, et je dansais ma joie dans le car. Ne soyez pas étonné, il y a des tas d’enfants qui n’ont jamais vu la mer en dehors d’une promenade sur les quais d’un port, un jour de ciel bleu. Et qui dansent dans le car.
Je sentais les mélodies venir à flot, me prendre et ne point me lâcher. Sur le sable enfin, je fis un château, élaboré j’avais de l’instruction. Décoré de coquilles roulées, et de cailloux charmants. C’est drôle comme on s’habitue vite au luxe et à la volupté. Je m’imaginais explorateur, mon idéal humain, et ma voisine Simone, me sentait si loin...
A l’horizon un cargo -à voiles- passait, lent et majestueux comme une frégate de Jules Verne. Je tentais de conter «l’île mystérieuse», mais on ne m’écoutait pas, on jouait à la balle prisonnière. Quel prosaiisme n’est-ce pas ? Je m’enfouis dans du sable mou, pensant poser au disparu, seul le bout du nez... Personne ne s’en émouvait, je n’étais qu’un pion dans la chaleur du monde !
Alors j’ai joué à la vague qu’on éclabousse pour mouiller les filles, elles riaient poliment, par conformisme... Puis je décidais d’apprendre à nager, oui, en eau profonde, un futur aventurier vous le doit. Et en une semaine, j’ai appris la nage du chien, puis la brasse, puis quelques mouvements de crawl, tout seul, c’est juré, un peu à la tarzan, mon deuxième héros.
Au bout d’une semaine on rentra. Il le fallait. Alors devenu fier, je décidai de plonger dans la vieille baignoire, «en apnée», expression dont je découvris le sens bien plus tard, et de battre des records.
Plaisirs d’enfant pauvre, savez-vous. Dans la lumière d’autrefois.