humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
Il remontait pourtant à reculons avec un fil d’Ariane que lui avait donné Lucie.
En suivant le chemin, lui avait dit Grand-mère, ne vagabonde pas, sois sérieux, seul le couloir bleu existe en vrai, celui du milieu, de ta conscience… prends garde à certain carrefour où les sentes se croisent, se fondent se bousculent s’affolent, s’enchevêtrent, mais ‘toi mon petit ‘toi mon chéri ‘toi, ton étoile est bleue.
Alors j’ai réussi à m’enfoncer jusqu’au profond de la lumière de l’enfance, me suis égaré plusieurs fois mais n’ai point pleuré, puis me suis retrouvé merveille auprès de mamie, j’allais juste faire mon anniversaire, avec de bons gâteaux miel et amandes grillées, la guerre grondait à la fenêtre musique lointaine étrange étouffée mais je l’ignorais, mon père mobilisé m’avait amené bizarre «juré craché» un cadeau tout de bois sculpté, un pistolet vois-tu, pour jouer à la guerre comme le font souvent les garçons qui ne savent pas, et dans son lit Lucie si blanche si pâle si jeune si belle me souriait, elle avait les yeux de la même couleur que mon étoile, puis elle s’est endormie comme flamme d’amour qui meurt, c’est la main d’Ilda qui les a fermés, à cette époque on éteignait les miroirs, on habillait la grand’porte des demeures de longs rideaux noirs, moi je portais un brassard de couleur sombre, je demandais dans le pallier à chaque vieille dame 'encontrées où donc était partie ma dame, ma douce, ma fiancée vous savez, elles me disaient en coeur « au ciel avec les étoiles », alors on a oublié mon anniversaire et les gâteaux de fête… j’avais un pistolet toutefois et une bobine en bois (pour le fil d’Ariane tu sais), et je n’ai pas pleuré pasque les étoiles sont si belles en été et puis chez moi il ne pleut qu’en hiver, et puis c’est amusant plus tard dans l’iceberg j’ai retrouvé Stella dont je t’ai parlé, je l’ai touchée oui de mes mains tremblantes frissonnantes heureuses étonnées, et depuis quand je me promène sur le sable de la plage infinie je cherche toujours des coquillages abandonnés et des galets endormis en habit vert et gris ou blanc strié de brun rouillé, et encore vois-tu nos «étoiles de mer laissées par la vague», et je les garde dans mon coffre secret, tu te rappelles… quand nous étions pirates dans la cage d’escalier.
Guy