Verlaine le disait ainsi :
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà / Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà / De ta jeunesse?
Dans ma prime adolescence j’adorais ‘Robinson ‘Jules Verne ‘Wells, je jouais à faire semblant, et puis je m’essayais à écrire des vers « engagés » dans ce sens!
Je voyageais dans ma chambre à la redécouverte du monde. Je désirais alors devenir savant agronome retrouvant ou créant une plante pouvant nourrir les pauvres de tous les sahels du monde. Je rêvais de fille certes mais de femme-enfant perdue comme moi (sans cette coquetterie que j’ai du fuir souvent plus tard), de nous tenir par la main marchant sur le sable d’une plage ; un jour où j’étais vieux j’ai retrouvé au loin cette plage de lumière .
Lors aimer la France me paraissait naturel ! Plus tard j’ai compris sans l’admettre ni le pardonner (pardon) que la mère patrie est souvent ingrate. Un jour que je lisais un poète américain -traduit en français je vous rassure- lequel chantait la misère humaine des Acadiens, dans notre belle bibliothèque municipale sombre fraîche séculaire d’Oran, je découvris le poème «Evangéline», ce fut pour moi un bouleversement total, prémonitoire, définitif… le rejet de la France -au contraire des autres pays- quant à ses enfants partis ailleurs, même appelés par le Roy ou la République ! A la limite on y perdait son droit du sol donc on n’était plus français, ou presque ! Normal disent encore les bien pensants !!
Seul un américain, libéral dit-on là-bas, descendant plus ou moins de l’exil ; d’un proscrit, d’un pauvre ou d’un fuyard du monde des seigneurs, pouvait avoir écrit ce texte, médiocre certes de forme mais de quel souffle de fond… Cette jeune fille séparée de son ami la veille du mariage, ce jeune paysan envoyé -par un militaire anglais tout de morgue d’arrogance de préjugés de classe de langue- au bagne misérable de l’exil et elle l’amoureuse affolée en coiffe du Poitou ou de Normandie à l’autre bout de l’immense Amérique ! Qui se cherchent vingt ans finissent par se retrouver : ah le pouvoir de l’amour face à la haine raciale, religieuse, nobiliaire, puante de caste de l’anglais ici (ou de l’autre ailleurs) !
Quelle humilité chez cet américain.
Sur le plan historique ces bannissements, le mépris qui l’s accompagnait dans l’indifférence sinon le rejet du Roy de France, n’a eu de compassion qu’auprès du Roy d’Espagne lequel de sa cassette personnelle a payé le retour de ceux qui le désiraient !
Envoyés en Louisiane ceux-ci deviendront les cajuns.
Des fois comme cela j’ai encore mal à mon pays, les dimanches !
GUY alias popopopo