humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
...esseulé, presque abandonné, avec de vieux bancs de pierre grises. Un air étranger. Le vent du Nord y soufflait quelques fois, désordonnant les chevelures des rares passants. Oran n’était guère une ville de poésie lyrique, chantant la solitude. Le théâtre de vie se déroulait ailleurs. Avec ses rites ses simagrées ses masques ses interpellations ses gestes. La gestuelle tient une grande importance dans les pays latins.
Sur le front de mer au contraire les bancs moussus prenaient un air province, un peu désuet. Je m’y promenais parfois, lassé du brouhaha de la foule, «des gens qui venaient pour les gens». J’étais pourtant comme eux, avide de rencontre, un peu mondain. Mais j’avais une face cachée de timidité, un rêve parfumé d’embrun flottant au bruit lointain de la grande bleue.
Je ne savais pas encore combien j’étais l’enfant de cette Mer, par toutes mes fibres, par tous les frémissements de l’âme. Et pourtant, oublieux, négligent, rejetant cette enfance, qui m’attendrira plus tard au point de me faire trembler à jamais du désir de la revoir…

Un jour sur la pierre, une jeune femme lisait quelque texte prenant. Je me suis approché, penché sur son épaule, pardon, lu des mots, Chateaubriand ! Une fille différente, hors du temps. Lui ai dit une phrase, ô combien banale sans doute, elle n’a pas tourné la tête, mais s’est mise à pleurer. Oui, à pleurer dans le silence éperdu d’un visage bouleversé. Elle en avait semble-t-il honte, s’est arrêtée, s’est tournée sur le côté, un peu triste.
Alors je me suis retiré, pensif, désorienté, lui ai dit pour me justifier une banalité sur l’auteur, je ne m’en souviens plus. Et me suis éloigné, enfui peut-être ? Perdu devant ces larmes de jeune fille, de jeune femme, que j’avais causées, et qui me gênaient au plus profond de moi. Je l’ai revue plus tard au hasard d’une soirée, nous avons dansé, je n’ai pas osé lui demander le pourquoi de ses pleurs, je me trouvais emprunté, maladroit, encore étonné. Me sentant fautif.

Et puis nous nous sommes perdus, il le fallait.
Une personne sentimentale, romantique, d’espérance… Je ne voulais point vivre le scénario du prince charmant, c’est périlleux vous savez, le grand amour comme ça non plus, j’ai reculé, lâchement, sans trop savoir quel rôle jouer, j’avais peur je l’avoue de me brûler. Et des fois j’y pense encore.

Je regrette le cadre pour le moins…
Elle était petite, pas belle ? Avec de grands yeux noirs. La jeunesse est si bête, vous savez.
Guy