
Une voix étouffée en langue absurde, sauvage, inconnue, se faisait entendre entre les branches ! Sourde lente basse, une musique de chaman frissonnante étonnée.
C’est drôle, se trouvait là blotti dans l’ombre verte désordonnées un fouillis de lianes en forme de grotte ! Je tapai à la porte, vieille habitude d’hier, vis un vieillard assis dans une futaille de rhum ancien.
Que fais-tu là, lui dis-je, tout nu juste vêtu d’une blanche barbe, dans ce clair-obscur mystérieux ? Je me nomme Diogène, je vivais dans un vaisseau royal, en Grèce antique, rien ne me reste depuis mon naufrage ! Sauf ce tonneau de vieux chêne solide.
Je suis mort, ne le vois-tu ? Cela ne paraissait toutefois point évident.
Pourquoi as-tu choisi ce refuge étrange, ô toi l’inconnu ? Mon vaisseau s’est échoué sur une plage in'’temporelle, je me cache depuis des anthropophages attardés et des touristes civilisés afin de vivre tranquillement heureux ! Au soleil voilé des tropiques.
Nous méditâmes ensemble sur l’in'’utilité du monde sa cruauté sa suffisance, le temps qui passe, et décidâmes néanmoins de chercher -pardon- une servante sachant servir !
Un philosophe se nourrit certes de fruits frais de bon miel de pain sec, mais servis sur un plateau de feuilles de bourgeons et de fleurs par une charmante et gracieuse personne ! Le sais-tu ? Diogène sourit dans sa barbe de cinéma et me dit derechef : je l’ai trouvée cette merveille, une dame-oiselle, stylée, naturelle, idéale compagne, qui connaît le langage des mains, la gestuelle du corps, pousse volontiers le cri primaire, et nous annonce que le repas est servi en dansant et chantant la musique de l’ange ! D’ailleurs, les enfants les sages les poètes les fous la comprennent bien mieux que le latin, l’hébreu ou le grec ancien !
Lors nous nous nourrîmes, frugalement mais finement, en vrais philosophes des îles !
Hélas le monde avide impitoyable nous rattrapa, je dus retourner dans la civilisation des factures malvenues et des voitures malodorantes ! Mais depuis je parle parfois en cachette cette langue primaire au matin levant, sous les draps, mais ma moqueuse moitié n’écoute que d’une oreille !
Le cri primaire, tu parles…
Ce qui me console les soirs d’hiver, c’est qu’il existe quelque part sur la Terre un Diogène heureux dans un tonneau baba-vide parfumé de vieux baba-rhum, qui connaît la langue des anges, le papou, la patagon et le grec d’homère!
Et que moi seul saurais le trouver, un jour prochain, qui sait ?



