Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 11:22
Son papa un brave collègue buvait pour oublier...
Elle avait neuf ans... Je ne sais qui a adopté l’autre en premier, mon fils ou elle. Plus âgée de un an... Ellle était sa grande sœur. Un adoubement à la mode des îles du Pacifique.
Un peu abandonnée, elle vivait entre les mains de gouvernantes calédoniennes, montait à cheval, savait tout sur la nature et les sorciers.
Quand on allait à Poum en fin de semaine, on l’amenait. Elle illuminait la plage et, à marée basse, trouvait avec aisance les plus beaux coquillages. Elle apprenait à mon fils la noble loi de la survie, comment remettre les patates de corail roulées à leur place initiale, afin de permettre par le respect des choses et des êtres  la renaissance du monde. On l’adorait.
Jacques avec un sabre coupait les «tricots rayés inoffensifs» pour l’éblouir, la protéger. Tous deux animaient la solitude de leur rire émerveillé devant quelque crabe fou, porcelaine rare ou poisson ballon perdu dans une flaque d’eau laissée.
Tiens un boudin noir, dégueu baveu hideu. Ils se le jetaient à la face, faisant semblant d’avoir peur, afin de mieux se disputer : c’est moi qui l’ai vu la première, non c’est moi le premier, non c’est moi, et la pauvre bête giclait de son eau pour se défendre.
Une fois même, en bordure de barrière, un combat mémorable entre une raie et un requin restés prisonniers du retrait de l’eau. La raie vole tu sais. Certains ne me croiront que un peu, et pourtant c’est vrai ! Un petit requin, une petite raie tachetée de rouge. Une autre fois dans une marmite géante d’eau claire, sur le sable blanc immobile, un poisson perroquet mimait l’oublié.
On revenait à Koumac chargés de coquillages... A faire blanchir plus tard au soleil ou bien, sur conseil des anciens, à faire bouillir en confiance dans la grande bassine de fonte, posée à l’ombre pour cela. Lors on confectionnait la grande salade calédonienne de fruits de mer, poulpitos et autres bestioles... avec des tomates de l’ail du citron vert.
Ainsi faisions chaque week-end de lumière, que dieu nous offrait !
Guy  
Par popopopo - Publié dans : litterature et poesie - Communauté : LES ANCIENS D'ORANGE
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 17:07
Creux et bosses, nids de poule, tôle ondulée, ravines surprises. Et puis il me fallait respecter la paix ainsi que l’harmonie du monde. Ma jeune épouse somnolait.
Tous les amis de la Terre et des hommes tentent de ne point déranger la vie, ce vivant sauvage si fragile. Lequel était encore foisonnant en ce point d’univers préservé. Sur les bords du chemin erraient parfois quelques zébus paresseux, découvrant ainsi une masure enfouie au loin dans la latérite d’ocre rouge. J’avançais lentement, évitant les secousses. Le moteur ronronnait de contentement. Je pouvais ainsi regarder le paysage.
Tiens, sur le bord, un tombeau presque récent pointant son aloala en vieux bois sculpté. Il devait conter sans doute la vie d’un ancien combattant pauvre gars mort pour la France, seul ou presque à pouvoir s’offrir une sépulture... Sur les parois blanchies de kaolin, une fresque naiive donnait je crois plus de détails. Ce n’était pas mon premier monument, mais celui-ci semblait si soigné. J’avais ralenti encore le pas.
Plus tard, pour un instant, je bifurquais dans la brousse d’épineux et d’euphorbes géants... la végétation xérophile spécifique du grand Sud malgache, résiduelle -chut- des dinosaures d’antan ? Malgré mon infinie précaution, moteur au ralenti, la «maisonnée» semblait s’éveiller dans la pénombre claire... Mon épouse, s’exprima la première, de sa voix naturellement basse. "Guy, me dit-elle, rêvant les yeux ouverts, merci de m’avoir conduite au Paradis !" Je regardais étonné. Une clairière parfumée, entourée d’une végétation arborée bien étrange... tourmentée... géante, de taille humaine cependant. Il faut dire que l’Ile rouge offre des décors de westerns impossibles et tellement vrais que l’enfant voyageur s’envole et disparaît.
Certains arbres tout de bronze vêtus tendaient une main vers le ciel, ongles torsadés, candélabre sorcier. Pour une fête de début du monde. Des fleurs bijoux de toute formes, de toutes couleurs, aux doigts de fée, en bouquet, en diadème de cérémonie ! Les papillons étaient chez eux, nous offrant un ballet bleu ou rose, tacheté de vert émeraude et de blanc, une robe rare tu sais. Un oiseau frôlait ma dame, de ses plumes de lumière. J’en étais jaloux je crois, elle était heureuse par d’autres que moi, le paradis disait-elle... Certes, pensè-je, dame nature est si belle quand l’homme la contemple sans pouvoir la toucher.
Ma fille à son tour ouvre la vitre, saisie par le miracle, silencieuse. Puis devenue papillon, fait un pas de danse imaginaire. Battant des ailes par mimétisme ou par jeu. Jacques, bébé joufflu, bouche ouverte ne bougeait plus, le calme et la musique du monde le berçait... Il souriait à l’ange sans doute. Il était adorable, j’étais comblé. La nénèny que l’on avait emmenée, descendit à son tour portant le bébé dans ses bras, soupira puis se mis à prier, je crois bien la vierge marie, murmurant en malgache. Je comprenais ...
On était bien au paradis vous savez ! Dernier signe, la musique. Quand on écoute le silence cette musique s’entend par le cœur, cris d’oiseaux, ronronnement paisible de moteur, timbre doux unique de la femme,  rire de l’enfant. L’amour est musique avant toute chose. 
On repartit.
 
 une sega pour terminer et dissiper toute ma nostalgie
Par popopopo - Publié dans : litterature et poesie - Communauté : LES ANCIENS D'ORANGE
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 13:59
 
                 
Souvent l’essentiel nous échappe : une main qui nous a tenu aidé sauvé hors d’une quelconque conscience du présent. Ce, à plusieurs reprises en mon existence… L’instinct animal de survie, direz-vous, le hasard heureux, une simple coincidence optimale…
La Chance ! Concept galvaudé, facile, imprécis. Pourquoi le hasard en ce moment-ci et non ça ? Jeune, j’ai musé au poète, causé à l’océan, interrogé falaise oiseau nuage, fréquenté chaque grotte de la falaise, rêvé du passage ! Chut.
   
Parfois un écho étrange, toujours étonnant, une impression  de lumière qui rassure, d’objets au quotidien qui sourient. Etait-ce mon imaginaire ? Je marchais dans une sente pierreuse poussiéreuse solitaire, je cherchais maison à acheter, même cassée. La sente du bon dieu, quel nom heureux ! De vieilles pierres, moussues, crevassées, usées, portant l’empreinte d’un passé perdu que je voulais mien, prendre soigner l’âme blessée pour m’en nourrir, prédateur reconnaissant d’un hier retrouvé.  La compassion est souvent simple échange vous savez. J’entendais des voix. Une porte s’entrouvrait en grinçant, un vieux bonhomme ridé, à pas lents qui m’offrait un peu de clarté. C’est ainsi que je fis ma maison. Ma cité est grise ou verte parfois, un peu triste,
presque vide d’humanité.
Une route de province. Près de la bretelle que l’on doit emprunter pour éviter la grand rue du village d’à côté, sur le terre plein seul, une dame se tenait, en robe blanche longue inhabituelle, ancienne. Il pleuviotait, je me suis arrêté, voulez-vous monter, sans façon elle l’a fait, en chemin on a parlé du décès d’un frère le tabac vous savez je viens juste de finir de fumer. Evitant la bretelle bien plus rapide je me suis engagé dans la grand rue encombrée, elle est descendue, le coiffeur je crois, j’ai pris la montée, à la sortie proche jouxtant l’autoroute un «accident», le conducteur étendu immobile sur le bord du fossé, une couverture brillante et glacée de survie le protégeait...
Si j’avais pris le chemin prévu ?  Et puis j’ai oublié. Et bien après, le souvenir...
Guy
Par popopopo - Publié dans : litterature et poesie - Communauté : LES ANCIENS D'ORANGE
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 14:13
   
 
Comme cadeau on offrait une orange dite Thomson, tu sais la Navel énorme avec des bébés près du podium, et des crayons de couleurs. Chez nous la fête se vivait au ralenti. J’avais coutume que l’on me consultât sur mes désirs, mes besoins plutôt. Quel gaspillage le cadeau inutile ! J’avoue en avoir gardé le réflexe de retrait.
…..A Tananarive, en fin d’après midi, je me trouvais sur le grandboulevard, contemplant le crépuscule naissant qui illuminait d’or de pourpre de cramoisi les façades en cascade de la ville. Dans les tropiques, le crépuscule ne dure pas, mais fait danser le ciel ; je me tenais sur le trottoir d’Air France...
J’aperçois accoudée à une arcade, une dame un peu âgée en mantille noire à franges, robe longue de deuil, le visage triste. Un coup au cœur, pardon elle était bien sûr de chez moi cette andalouse modeste qui attendait, en espagnol la traduction est «qui espère».  Les femmes chez nous portent longtemps le deuil, vous savez. Un visage usé de madone, comme souvent ces compagnes d’immigrants clandestins venus en espadrilles avec pour tout bagage une besace, et qu’on appelait dans notre langue imagée caracol (escargot). Lesquels cherchaient à vivre modestement de leur travail dans l’atmosphère de liberté d’une France coloniale !
Je m’approche, nous nous regardons, elle était en larmes, j’attends ma fille qui doit  me prendre avec son époux militaire à Diego. Nous avons attendu ensemble, elle était maman du rédacteur du journal de mon père, Oran républicain journal communiste d’alors. Elle en était fière. Je m’en suis occupé, l’ai conduite à l’hôtel de France tout à côté avec sa valise, nous avons bu un café chaud. Ils sont arrivés...
Je me suis permis de leur dire que l’on ne devait pas faire attendre une vieille personne inquiète, si loin de la métropole, seule, désorientée, presque désespérée. On s’est quitté, leur donnant du bout des lèvres notre adresse. Au jour de l’an 1963, mon épouse à la clinique reçoit un paquet surprise : une layette complète en laine blanche, toute au crochet je crois. Comme un gosse j’ai pleuré. Un homme ça pleure parfois. <iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/hzeLDARkyDg" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>
L’Algérie, tu sais. Morisot
Guy
 
Par popopopo - Publié dans : litterature et poesie - Communauté : LES ANCIENS D'ORANGE
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Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 16:39
De mémoire de marabout, on n’avait  jamais vu cela. Tous les enfants petits et grands sont allés contempler la merveille. A ce propos le grand jardin du petit Vichy avait mis  une pancarte : c’est Noél, Paix sur la terre, respectons les oiseaux, les hannetons, les papillons.
Et depuis que le gardien boiteux avait surpris belle boule et vieux popol soupirer sous le bougainvillier blanc, il appliquait le règlement à la lettre : interdit de courir dans la pelouze des grands.
Elle était devenue belle princesse et lui p’ti prince charmant. Le ti-chien blanc venait les voir de temps en temps, tenant en laisse une dame respectable couturière, il portait un costume a pompons, le pauvre. Interdits de séjour au jardin, ils exploraient donc les bois de la montagne, connaissaient chaque recoin, trouvaient lézards, cigales et fourmis rouges. Certain lézard, ayant perdu la queue dans une bataille, la voyait repousser doucement. C’est rigolo disait le prince savant. Princesse sentait son âme pleurer devant la cruauté du monde.
Lors il y avait de la neige, ô quelques centimètres, mais c’était suffisant pour lancer une marseillaise joyeuse. En ces temps lointains, on l’apprenait à l’école. Et la Légion défilait toujours en la disant. Princesse belle et prince consort donc se tenait par la main. En fait elle le menait par le bout du nez : «Trouve moi du pin pignon, une fleur d’ajonc, un brin de romarin !» Elle en confectionnait des colliers, il était bouche bée devant son talent, il en oubliait la neige. Encore un mystère d’ailleurs, chez nous le froid ne pique pas.
Ils mirent donc de la neige blanche dans une assiette de porcelaine d’antan, descendirent de la colline à pas de géant, allèrent vite au frigidaire de la reine, mirent l’assiette précieuse sur un rayon, tout en chantant je crois et même en dansant. Le lendemain, jour de Noél, ils ouvrirent le frigidaire, la neige avait fondue ! Chaud chaud le frigo ! Quelle déception. Ainsi va la vie !
Guy
Par popopopo - Publié dans : litterature et poesie - Communauté : LES ANCIENS D'ORANGE
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