humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
CHAMPAGNE DE LURCAT premier panneau
Afin d’échapper aux gangsters, à l’amour mièvre, au mélodrame de convention !
L’héroiine en était Judy Foster. Epoustouflante de charme, de grâce, de vivacité légère. De féminité. De virtuosité. Toute seule, elle sauvait un film médiocre !
«Une recherche sur Véga d’un souvenir écho, appel ou miroir de beauté». Elle allait retrouver étonnée les morceaux de sa vie de femme, l’image vivante de l’époux disparu. Un monde sans dieu. Etoilé cependant. La télé ne m’émoustille plus guère. Elle ne m’ouvre plus la porte que j’aimerais pousser.
Avant cet hier, jeune garçon, l’anticipation plus encore que le western et l’aventure était ma grande passion. Elle me laissait croire que l’on sauverait le monde de sa laideur, de toute misère ! Oui ! Plein d’illusions, vers onze ans je cherchais déjà dans les ravins sauvages et les bois de Santa Cruz des plantes nouvelles pour nourrir les hommes. Des jours et des heures… Une fois, quel honneur, un câprier* buisson m’offrit son fruit. Mon émotion fut intense. Il en avait le goût âpre et délicieux. Il nous faudra le développer, me dis-je.
En mon quartier se négociait une revue faite de cahiers agrafés, au dessin maladroit, tout en noir et blanc. Un peu comme les tarzans anciens ceux que je préfère. Et qui me ravissaient, tu sais. Un titre immense «Radar» ! J’en faisais collection. «Lazer» serait plus actuel. Mais sans le parfum de la madeleine. Sur le balcon, au soleil, mon seul domaine, mon royaume, je commençais à construire avec les amis, à partir d’une énorme tinsèfe* trouvée dans un rebut américain et soigneusement désossée, une machine nouvelle…
Ma mère la jeta… je ne sais. Comme ça. Un jour d’école. Où je n’étais pas là. Elle aurait senti mauvais. Ce fut ma première colère d’enfant ! Je n’ai donc pu devenir savant, changer ni découvrir les inconnues du monde. On dirait maintenant l’envers de toute chose.
Donc, Judy, notre petite cosmonaute fragile, au sourire touchant, en chevelure de fête et combinaison de vif argent, s’en est allée, merveilleuse, bien décidée, en femme neuve, ne doutant de rien. Go, disent les anglais. Sur un engin mystérieux de sa conception. Afin d’explorer… la face cachée de l’univers ! Oui !
Mamans, encouragez toujours la moindre étincelle de passion inventive, chez l’enfant.
Dans ma chambre partagée, j’avais créé un coin à moi, virtuel, imaginaire, conçu à la manière de, je m’y réfugiais, j’y pensais, j’y dévorais jusqu’à trois livres par jour. A la bibliothèque municipale, j’avais enlevé tous les Wells - les Jules Verne - les Robinsons. Je lisais, je buvais, j’avalais l’espérance.
Voici le rêve fou de l’enfant pauvre, dans un pays colonisé. L’université et l’aérogare de ma ville ne furent d’ailleurs terminées que la veille de l’indépendance. Tous mes Radars usés, déchirés, trop aimés, dans un vieux tiroir laissés …
Je me dis parfois : Le jour du grand Départ, tu seras heureux… tu sauras enfin si dieu existe ! Tu verras s'il te l'est permis sous ton scalpel de savant vagabond mal dans sa peau, battre l’âme de toute vie. Mais, toujours insatisfait, je dirais encore au Maître des lieux, comme une fois Elie Wiesel nous l’a conté : «Pourquoi mon dieu, pourquoi ?»
Guy
*Tinsefe, grosse radio d’alors, qui parlait sans fil ni trompette.
Câprier, ancienne version pour l’arbre à pain, l’arbre ivoire.*
second panneau? l'arrivée
GUY BEART