Ce soir nouvelle lune, marée montante, vent d’ouest. «Youpi, la classe ! Pas un nuage !»
Le ciel brille de tous ses bijoux qui étincellent. Je mets le zodiac à l’eau, vérification préalable...tout semble aller. Le vent est à l’ouest promettant bonne pêche.
Nous voilà dans le Lagon, un tambourin inconnu clapote quelque part à petits bouillons...un air de jazz blues. Sans lumière de dame lune, les astres sont à la fête et caressent délicatement l’océan tout en glissant sur la mer calme.
On distingue mal dans l’ombre le sable du fond, mais cependant quelques poissons semblent s’y amuser en jouant à cache-cache... Sur l’onde des silhouettes flottent légères. Ceux sont de curieuses méduses d’aspect géométrique irrégulier, déployant une voile triangulaire en argent translucide. Elles frôlent l’embarcation et passent imperturbables leur chemin linéaire ciselé, nous intriguant, où vont-elles, quel mathématicien impossible les a créées. Certaines sont en losange, en hexagone, en carré. Elles laissent une trace phosphorescente irisée.
En musique d’étoile sur l’onde calme, une forme floue apparaît, qui bondit à la surface, un requin, un marsouin, un gros poisson en ballade. Une tête qui pointe son museau, tortue de mer sans doute ? Comme la nuit est vivante nous parle nous interroge nous enchante par son mystère étonnant sans nulle agressivité.
On jette les lignes à la «caldoche», avec le doigt qui sert de canne, on sent mieux la prise tu sais, il faut surtout ne pas s’enrouler la main. Une touche, perdue...tant pis ou tant mieux, je rêvais, tu es encore inattentif. Il te faut acquérir l’instinct primaire du prédateur, du chasseur pour sa proie. Tout seul, merveille, mon hameçon a pris un bec de canne, il frétille en pesant. Hourrah ! On le ferre et mon coéquipier lui donne un coup de gourdin sur la tête, avant de le mettre dans la glacière. Il en pêche sans arrêt, lui, je suis jaloux, je t’en donnerais tout de même quelques uns me dit-il condescendant. Et puis re’hourrah un bossu doré qui s’entortille dans ma ligne, en s’agitant : j’en ai eu deux, lancè-je...en écho.
Et puis nous retournons à terre. Il me donne royalement une loche noire à pois rouges, et me voilà à la maison avec trois poissons, et un zodiac -échoué sur le sable- empli de poésie. Sur la grande planche, j’étale ma pêche, mon épouse irritée dit : mais la loche est encore vivante. Elle bouge encore.
Vous savez, elle n’aime pas les grosses bêtes avec de grosses dents en robe diabolique qui dansent sur la table de cuisine, vers trois heures du matin.
Guy .