humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout

En ce jour festif, joli mot à la mode, je me souviens et je pleure ! Pardon !
Je n’ai point perdu de grandes belles riches choses, cependant ! Juste un long balcon au soleil, un appartement modeste selon nos yeux du jour, immense pourtant dans ma pensée, avec ô merveille un vieil Ascenseur antique.
Ce dernier faisait l’admiration du quartier !
En sortant de l’école avec les copains on jouait à s’envoler, à frissonner, à se faire peur, plus tard à embrasser la gentille voisine du dessous qui-l’ascenseur aidant-se laissait faire, plus tard enfin suis monté offrir un dernier sourire à ma maman qui ne voulait point partir ! Assise, immobile… en colère. Sur un tabouret prostrée. Mes bras sont cassés, disait-elle.
Des fois «il» était capricieux, rétif, ne voulait point s’arrêter au dernier étage où nous habitions et blangg de tamponner le plafond, ou bien parfois il descendait plus bas que le rez de chaussée, tapait sur son podium, poussait un cri grinçant qui faisait peur aux mères-grand : ne jouez pas avec les outils du diable, disaient-elles affolées, mais nous on était jeunes ! On s'en moquait ! En ces temps princiers les mères-grand se sentaient responsables de tous les enfants du quartier...
Une par pallier sauf ma Lucie, partie la première en avance.
Il y avait chez nous un long corridor pavé de rouge, qui servait de vestibule - de salle de jeu - de carrefour - d’oratoire - de kiosque à musique… etc, qui donnait bonnement sur la cuisine, sur les deux chambres. Et au milieu du corridor… une cassure grise secrète dans le carrelage, suffisante pour y celer le rêve !
Avant l’Exil, j’ai regardé donc une dernière fois, j’avais près de trente années d’enfance à laisser. J’ai retrouvé alors en bien cherchant cette cassure toute pâle, si menue, si frêle, si légère, que j’avais perdue en grandissant ! J’ai embrassé ma mère, qui pleurait devant des valises ouvertes, des cartons vides, sa décision irréelle de rester, comme si c’était possible. Ce lieu si normal, si anodin, si ancien, tout usé de tendresse et d’humanité, où j’avais passé une jeunesse pauvre, médiocre dirait certain, heureuse sans doute, je la revois qui brillait, qui brille à nouveau, à jamais !
L’exil commença ainsi par une déchirure ! Je suis allé vers l’orient, le sud, l’océan, le désert! L’incertain. Peu à peu j’ai ressenti cette relativité des choses... Puis je suis revenu un jour, ailleurs, il le fallait tu sais, dans une maison bâtie, près d’une étrange «Sente, dite du bon dieu» abandonnée, enchaînée, juste à l’angle, et dans les coins de la maison neuve, j’ai planté mes vieux souvenirs, du chemin vers l’étoile. Combien de royaumes ai-je ainsi vécu... En un seul voyage ! Qui continue… toujours, je crois! Lors, tu comprends pourquoi la fête fait naître en moi une impression d’exil plutôt que de royaume.
Camus je t'ai volé ce titre, il est si juste, tu sais !