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ANCIENNE TELE D'ANTIQUAIRE
A notre retour de la Grand rouge, Madagascar pour les ignorants, ma fille normal voulait avoir la télé !
Bon papa, bon époux, curieux de peu, ami de tout, ou presque, j’ai cédé, et voilà la boîte magique qui est arrivée. En couleur, une merveille, une Radiola toute blanche, avec un bandeau bleu clair. Payable en trois fois. A cette époque la dictature du noir balbutiait à peine…
Trois mois sans antenne toutefois : il y avait du beau monde avant nous !
Puis, miracle, enfin. Allélouya. Dans le hublot d’argent, des gens causaient, des demoiselles dansaient, d’autres chantaient, les réclames ne montrant encore que le bout de leur futur long nez. Ou bien douce patte blanche si vous préférez. Un monde facile à vivre, convivial, léger ; hélas peu à peu la réclame si bonne enfant, parfois même rigolote, souvent charmante, en clins d’œil successifs, devint envahissante sinon arrogante! Figurez-vous que tous les français à la même heure devaient dîner, en écoutant lors de l’apéritif silencieux moult balivernes sur la machine à laver, les couches culottes, etc. Puis venaient : Les Info, le Sport, la Guerre, le foot qui commençait, le pire étant les Syndicats et leurs états d’âme, sans négliger les chiens people écrasés.
Des fois le Prézident, des français, et point des fromages, parlait.
Quatre ans de souffrances sublimées, de politique obligée, de sport de neige pour les oisifs z’aisés, de vaconces en Egypte pas cher à crédit. Sur la table du salon, les prospectus s’amoncelaient. A Huit heures tapant, les nouvelles : toc toc toc toc ! Silence dans les chaumières ! Nos voisins ouvriers raffineurs de la BP, venus en exil de Dunkerque, mettaient très fort le son pour ne point perdre de miettes, tout en sirotant moult bières. Une fois nous fûmes invités à boire avec eux une boisson jaunâtre mousseuse et fraîche… Nos voisins venaient du Nord, sans préjugés.
Pour respirer, nous décidâmes de fuguer dans le Pacifique !
Las, à nouveau, impossible d’échapper à la télé, une tite nouvelle qui se lançait ! Nommés en «brousse» chez les caldoches bazanés et les ignares mélanésiens, par mimétisme sans doute ou et par sympathie, on finit par se coucher tôt : il nous fallait enseigner à Sept heures, à la fraîche lumière du matin ! Helas, trois fois hélas, la télévision a voulu imposer coloniale’ment ses rythmes parisiens, huit heures du soir, etc. C’est alors, miracle, qu’une révolution culturelle gronda, c’est devenu de mode diriez-vous ? Posons tout de même la question…
«Nous, paysans- éleveurs- travailleurs- marins pêcheurs, tous ensemble, tous, nous voulons nous coucher de bonne heure ! On n’est pas des fainéants, nous, comme les zoreilles à Nouméa !»
Une pétition territoriale circula, pleine de fautes d’orthographe, que je signais volontiers, bizarre, elle gagna plus ou moins, et… l’on avança les horaires des infos. D’ailleurs de toutes façon la télé c’est un peu nul n’est-ce pas ? La bataille identitaire de l’ignarité a commencé.
Mano à mano, tous ensemble, tous. Les parisiens et les bourgeois ne gagneront pas le combat culturel qui ne fait que commencer.