humour poézie compassion, écrire au troisième degré,, parler d'Oran, et de tout
...au prénom de là-bas mais au nom plus courant de par ici : Félix Leclerc. Il chante la vie quotidienne dans des endroits merveilleusement perdus ? Il parle comme il conte, le présent d’éternité, sur un rythme de vieux paysan forestier de Province. Des paroles lointaines, comme j’entendais par bribes hier à la veillée, dans le Jura de mes premières découvertes. Mon père m’avait envoyé en colonie de vacances, juste à la fin de la guerre, pour mes seize ans aux joues creuses. «Tu respireras le bon air de France, tu boiras le bon lait de ferme… mangeras du fromage blanc» !
Déjà, je m’éloignais du groupe, pour explorer les pentes boisées d’ombre bleue qui bordaient notre vallée de western, au milieu y coulait une rivière emplie de poissons bariolés, de truites arc en ciel par exemple, les pêcheurs du village disaient un bout du monde. Quel mot merveilleux n’est-ce pas ? J’avais trouvé des coins perdus emplis de mousse et de champignons, des chemins sinueux bordés de fraises des bois, des sentes ombreuses et fraîches, des baies nouvelles… Je conseillais les chasseurs de cèpes qui passaient, oui, on m’écoutait, et je n’ai jamais vu le moindre marcassin ! On logeait sous des tentes, je revenais enivré de parfums sauvages, avec des chapeautées de plantes étranges. C’était l’époque ancienne celle que devait traverser… tout adolescent lecteur de Jules Verne et des si nombreux Robinsons de toute bibliothèque municipale ! Au début je ramenais quelque grenouille verte aux yeux précieux, un insecte de lumière pour éclairer la tente, un galet pépite d’or c’est sûr, mais les autres disaient : «jette, tout cela sent mauvais»…
Revenu at home, mon père me demanda ce que je savais du Voyage, lors lui répondais, poésie, grotte cachée *secrète*, passage inconnu, nature touffue, résurgence d’eau vive. Lui me disait «et le bon lait de France» ? «Oui certes» ! «Mais…» ? Quoi donc encore ? Et joyeux je lançais à la table familiale que, perdu dans une île déserte, je saurais me débrouiller.
Mon père mourut un an après, jeune bien sûr, on l’enterra par un grand soleil festif de mai dans la glèbe rouge d'Algérie, aride, granuleuse, comme la maman de Camus -dans l’Etranger- tu sais. Des fois je pense, le remercie alors de ce premier voyage du souvenir, où j’ai appris un peu de la vie.
Guy