Le monde est endormi, au loin bien loin si loin, des bruits de guerre…
Le canon gronde, je revois mon hier. Je portais bacchantes à la mode Brassens, chapeau de brousse et short kaki. On tirait au jugé sur des grottes en flanc de montagnes…

Le transistor chantait dans les mechtas, annexées par les soldats squatters en mal de refuge. Il nous fallait bien tuer le temps faute d’ennemis apparents. Lors on fumait des cigarettes que l’armée offrait d’ailleurs gratuites. De temps en temps passait le sergent fou, d’Indochine, avec son mouton Francis attifé d’un chapeau à plumes, tous deux ivres de solitude et de bière.

On faisait la guerre, vois-tu ?
Sur le bord des barbelés, on mettait un doigt prudent, pour éviter les mines, et au brouillard d’automne on ramassait les escargots. En ces temps, il y avait encore des paysans «appelés» qui nous cuisinaient comme dans les campagnes, savaient qu’il fallait faire préalablement jeûner les escargots ; un géant bourguignon, lui, coupait les couleuvres en rondelles comme les hommes de Cro magnon.
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On traînait au mess et je commençais à devenir alcoolique, de liqueur en apéritif, de lever du drapeau en coucher de soleil ou l’inverse… Le grand jeu était de «coincer la bulle» expression canonnière pour dire : paresser et tenter de disparaître à l’ombre… Tu sais, quand l’artillerie en 14 bombardait l’ennemi toujours trop tard. «Que fais-tu donc bidasse canonnier : je Coince la Bulle».
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Tout un nouveau vocabulaire sonore et imagé, le must étant «au jus là dedans» et «pousse tes godasses» où je les mets en bottillon (marmite à jus) ET BULLER ! L’engagé caporal Crosse, lui, avait reçu au Vietnam son coup de bambou, pour la garde on le réveillait avec précaution car, surpris, il sautait sur sa carabine. Une fois on se rasa la moitié du crâne, pour mieux prendre le soleil.

Le grand jeu était de draguer les postières des renseignements au téléfone, le dimanche c’était permis, et on mettait les hauts parleurs pour faire profiter les gars frustrés loin de leur fiancée. A regret un jour le commandant nous annonça que la guerre allant vers sa fin, on nous libérait. Mais qu’on garderait quatre mois de plus ceux ayant fait leur service près de leur foyer. Afin de nous punir d’avoir eu trop de permissions sans doute.

Revenu à la maison, même avec mon air bronzé de baroudeur de l’Atlas, les gens vaquaient indifférents. Et ma maman n’était pas là !

Quelle connerie la guerre.
Guy